Mes lectures de l’été 2020

La vita bugiarda degli adulti d’Elena Ferrante aux éditions Gallimard.

Il était très attendu ce nouveau roman de l’énigmatique Elena Ferrante, auteur de la trilogie de l’Amie Prodigieuse . Un conseil, ne le comparez pas à l’Amie Prodigieuse: ce nouveau roman, bien qu’il se passe dans le Naples riche et le Naples pauvre, décortique à la sauce aigre douce ou piquante – c’est vous qui le direz- la vie de Giovanna , adolescente de 15 ans en proie à tous les questionnements que peut avoir une jeune fille de son âge, au milieu du monde des adultes qu’elle découvre fourbe, traitre et menteur.

Elena Ferrante brosse un portrait d’ado avec une finesse extrême, parfois de manière crue mais toujours avec cette volonté de ressentir et de comprendre les émotions, de se construire en respectant ses choix, ses envies et sans redouter les jugements des adultes qui eux ont aussi beaucoup de choses à cacher. Tout le petit monde de Giovanna s’écroule comme un château de cartes mais la plume acerbe et déterminée d’Elena Ferrante sera pour nous, lecteurs adultes et lecteurs parents, une véritable introspection et une grande leçon de vie sur la difficulté mais aussi la joie de vivre avec nos ados.

Dans un autre registre, Elena Ferrante réussit la prouesse de nous emmener dans un road movie intellectuel et émotionnel qui nous questionne sur notre rôle de parents et ce que nos ados attendent de nous. Alors, n’hésitez pas, partez à Napoli avec Giovanna !

Les Demoiselles de Anne-Gaëlle Huon aux éditions Albin Michel.

Après le très beau Le Bonheur n’a pas de rides (Le Livre de Poche, n°), Anne-Gaelle revient avec une pépite. Une pépite qui a le doux prénom de Rosa, de Colette, de Véra et tant d’autres femmes qui sont les héroïnes de cette ode à la liberté féminine, à la détermination, au raffinement et à l’amour. Elles sont Hirondelles, ces filles espagnoles qui cousent à longueur de journée à l’usine d’espadrilles pour gagner de l’argent et se constituer un trousseau, Demoiselles, ces cocottes des beaux quartiers parisiens ou encore domestiques. Mais elles ont toutes le même rêve, être libre: libre d’aimer, de faire les choix de vie qu’elles auront décidé, libre de travailler et d’entreprendre, tout simplement libre de vivre la vie qu’elles se seront choisi. De Mauléon à Paris, de la côte basque aux appartements de luxe parisiens, Anne-Gaelle nous transport dans des mondes secrets et intimes. Écrit avec délicatesse et sincérité, Les Demoiselles ne pourra que vous toucher et vous n’oublierez pas de si tôt Rosa et les autres, leurs destins et leurs rêves vous accompagneront un long moment. Coup de cœur assuré pour ce roman lumineux et oh combien palpitant.

Photo réalisée à la boutique Art of Soule à Biarritz- Espadrilles fabriquées à Mauléon

La bibliothécaire d’Auschwitz d’Antonio G.Iturbe chez Flammarion.

Sujet grave, sujet poignant, le titre du roman de l’espagnol Antonio Iturbe paru en 2012 parle de lui même, c’est un roman qu’on n’oublie pas, une fois la dernière page fermée.

Dita a quatorze ans quand elle est emmenée au camp d’Auschwitz avec ses parents et elle aura la lourde mais oh combien noble tâche d’être la gardienne de huit manuscrits qui serviront à l’instruction des enfants dans le bloc 31.

Roman historique qui nous en apprend encore sur ce camp de la haine et de la mort, sur les atrocités vécues par les prisonniers, sur le sanguinaire docteur Mengele et ses expériences. Roman de l’espoir avec des personnages prêts à se battre et surtout à ne jamais baisser les bras face à ce déferlement de violence, face à la faim, au froid, à la maladie et aux épidémies, face à un avenir où la mort se joue à pile ou face.

Dita est courageuse, dévouée, délie les situations parfois cruelles en donnant aux autres de son temps, de cette joie de vivre qu’il lui reste et de ce brin d’humour qu’elle utilise avec ses copines de camp, pour adoucir leurs inquiétudes et leur quotidien.

Roman éprouvant, roman qui interpelle, roman qui bouleverse mais roman qui fait comprendre. Vu dans les yeux d’une adolescente prête à tout pour s’en sortir et sortir sa famille et ses amis de ce camp de l’horreur, gardienne de huit trésors que sont ces livres, comme le dit son professeur: « Tu me sembles être une fille très courageuse ». « Mais je tremble ! avait elle répondu, dévastée ».  » Et c’est pour cette raison que tu es courageuse. Les courageux ne sont pas ceux qui n’ont pas peur. Ceux-là, ce sont les téméraires, ceux qui ignorent le risque et se mettent en péril sans être conscients des conséquences. »

 » C’est vrai: la culture n’est pas nécessaire à la survie de l’homme, seuls le sont le pain et l’eau. Mais si l’homme peut survivre en ayant du pain à manger et de l’eau à boire, quand il n’a que cela, c’est l’humanité tout entière qui s’éteint. Si l’homme n’est pas ému par la beauté, s’il ne ferme pas les yeux pour mettre en marche les mécanismes de son imagination, s’il n’est pas capable de se poser des questions et d’entrevoir les limites de son ignorance, c’est un homme ou c’est une femme, mais ce n’est pas une personne; rien ne le distingue d’un saumon, d’un zèbre ou d’un bœuf musqué. » Antonio G. Iturbe.

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