La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

Éditions Pocket

Direction les Pouilles

L’histoire de deux sœurs que tout oppose mais liées par un amour fusionnel. Dans une Italie pauvre, Teresa et Angelina, aux cotés de leur mère Caterina, vont devoir affronter la « malalegna », la rumeur destructrice, la malédiction de toute une famille, en l’absence du père, parti à la guerre. Vous serez forcément touché par ce portrait fort et inoubliable de deux enfants aux destins exceptionnels car Rosa Ventrella saisit dans chacun de ses personnages leurs forces et leurs failles et décrit les émotions, les non-dit et les « on-dit » avec une finesse et une sensibilité saisissante.

Ces portraits de femmes sont authentiques et courageux. J’ai adoré. Une belle découverte.

Italie. Et le voyage continue…

Je voulais vous parler de deux romans très différents qui parlent d’Italie bien sûr !

Direction le Frioul, à l’est de la Vénétie, tout proche de la frontière slovène à l’est et autrichienne au nord, un morceau d’Italie marqué par de nombreux combats sanglants durant la première guerre mondiale. Une terre qui a souffert. C’est là que Nunzio et Enzo veulent comprendre l’histoire de leur famille qui a fui un jour de 1920 cette terre austère, en proie au fascisme et à la violence. Nunzio et Enzo sont nés en France mais leur italianité et leur besoin de savoir ce qui s’est passé là bas grandit et devient un besoin essentiel à la mort de leur arrière grand-père adoré.

Le roman de Jean-Marc Benedetti, La fuite d‘Italie aux éditions Passiflore basées à Dax, est construit comme un thriller, vous ne pourrez pas refermer le livre avant de savoir ce qui s’est passé à Gorgo al Monticano. Rapidement, on s’attache aux personnages aux tempéraments bien trempés, écorchés vif parfois, on se passionne pour cette période trouble de l’histoire italienne où le fascisme a divisé des familles entières. L’exil des italiens, les secrets bien enfouis, les vérités qui font mal et les mensonges bien gardés , l’attachement à une terre délaissée et le retour aux origines font de ce roman un voyage intérieur où drames familiaux se mêlent à une quête de l’identité, celle que seules les personnes qui ont quitté un jour une terre natale connaissent. Un roman historique et sensible dont l’intrigue palpitante vous happera à coup sûr.

J’ai eu la chance d’écouter en conférence Monsieur Benedetti sur le thème Une histoire italienne, jalons d’une immigration, qui m’a donné encore plus d’explications pour comprendre l’exil d’un peuple fuyant essentiellement la misère. Car ce peuple, c’est ma famille maternelle. Alors forcément, la puissance de mon attachement à mes origines et le lien indéfectible qui me relie à l’histoire des italiens ont eu raison de moi. J’ai vécu deux heures de grande émotion.

Puis direction Padoue. Avec Bellissima de Simonetta Greggio aux éditions Stock, direction le nord de l’Italie. Quand Simonetta Greggio nait en Italie dans les années 60, la pays est dans le chaos, il n’a pas encore réglé ses comptes avec le fascisme et dehors ce ne sont que règlements de comptes, émergence d’une mafia meurtrière, violences de rue et attentats. Mais le roman de Simonetta Greggio est surtout son histoire de femme: à l’âge où les jeunes filles rient et flirtent, elle doit faire avec un père violent et qui se transforme un jour en monstre. Rien n’est vraiment dit, c’est là toute la finesse et la pudeur de son écriture. A partir de ce moment là, l’auteur n’a d’autre choix que fuir son pays, sa mère silencieuse, ses frères adorés, pour sauver sa peau.

La force de caractère de l’auteur, son envie de vivre, sa quête de la liberté face aux mensonges familiaux, au fascisme omniprésent dans sa famille, aux non-dits, à la libération de la parole puis à l’expiation des fautes, difficile de ne pas être bouleversée. Une écriture sensible et poétique, une belle découverte.

Le bal des folles de Victoria Mas – Éditions Albin Michel

Le premier roman de Victoria Mas, mon premier coup de cœur de la rentrée littéraire 2019 ! je l’avais lu, digéré et puis au détour d’une soirée de blogueurs, j’ai aperçu Victoria, discrète et solaire.

Le temps, mon ennemi, a laissé en suspens l’article que je voulais écrire sur ce roman, trop de choses à faire à l’époque, trop de sollicitations.

Sauf que Amazon Prime – OK c’est pas ma tasse de thé, j’avoue, les chaines de télévision qui fabriquent du film ou de la série comme on produit des yaourts ou des biscuits secs à la chaîne- annonce la sortie du Bal des folles sur les écrans, de et avec la talentueuse Mélanie Laurent et la prometteuse Lou de Lâage, une comédienne que j’avais eu la chance de voir au théâtre dans une adaptation très contemporaine et numérique de l’Écume des jours de Boris Vian.

Alors forcément j’ai repris le cours du temps, là où j’avais laissé l’article parce que je veux vous dire combien Le Bal des Folles de Victoria Mas est une pépite, un petit joyau de littérature.

J’aime les portraits de femmes, leurs caractères bien trempés, leurs espoirs et leurs faiblesses, leurs forces surtout, leurs destins inattendus et avec les héroïnes du Bal des folles, c’est de l’or servi sur un plateau d’argent.

La Salpetrière, Paris, XIX siècle. Le docteur Charcot mène des expériences sur des femmes aliénées, fragiles, dérangées ou parfois internées par leurs maris. Mais le temps d’un bal annuel qui les réunissait avec « les gens de la haute » du Tout-Paris, ces femmes s’habillent, se déguisent, se maquillent à outrance.

Victoria Mas a dit dans un interview « J’ai été profondément touchée par ces femmes dont j’ignorais l’existence. Je les ai aimées. »

Idem, idem, idem.

L’Italie, hier et aujourd’hui

Deux romans, deux époques, deux témoignages forts sur la quête du bonheur et de la liberté.

Aujourd’hui, direction la Sardaigne avec le nouveau roman de Milena Agus « Une saison douce » aux éditions Liana Levi.

2020, des migrants et des humanitaires débarquent dans un village perdu de l’ile, déserté par les jeunes, là où il n’y a pas la mer, là où le terrain de foot est laissé à l’abandon, là où les âmes villageoises ne sont plus soudées, là où le temps s’est arrêté. D’envahisseurs, ils deviendront au fil des jours, des semaines et des mois des personnes importantes et indispensables pour certains villageois.

Des amitiés éphémères mais véritables éclateront, des amours improbables naitront, des préjugés resteront, d’autres seront balayés d’un revers de manche à balai, l’entraide renaitra, les potagers et les fleurs refleuriront, les fenêtres réouvriront et le soleil entrera de nouveau dans les cœurs de ces âmes perdues. Car qui des migrants ou des habitants est le plus perdu sur cette terre aride et délaissée ? Qui a le plus besoin de l’autre ?

Milena Agus depuis son Mal de pierres en 2007 est un écrivain que je surveille comme le lait sur le feu tellement son écriture est poétique, vraie, authentique et profonde. Et ce nouveau roman est à la hauteur de mes espérances, il est la promesse d’un monde meilleur et d’une grande fraternité entre les êtres humains.

Hier, c’était la guerre, retour dans l’Italie de 1936. Lino est italien, vit à Paris avec sa mère et rencontre Odette. Il l’épouse mais l’Italie le rappelle pour faire son service obligatoire à Gradisca, une ville de l’ancienne province de Gorizia dans la région Frioul-Vénétie Julienne.

Le roman « Attends moi mon amour » chez Flammarion est l’histoire vraie de Lino Ventura, le célèbre acteur des Tontons flingueurs qui vouait à sa femme Odette un amour incommensurable. Clelia et Léon Ventura, sa fille et son petit-fils, à travers la correspondance de Lino Ventura avec Odette, restée à Paris, livrent un témoignage fort sur cette période sombre de la guerre et le sort des immigrés italiens rappelés au pays pour servir une cause qui n’était plus la leur.

C’est un Lino Ventura sensible et déterminé, désespéré parfois, courageux souvent et persévérant que j’ai découvert, un homme d’une grande intégrité mais surtout un homme fou amoureux de sa femme, prêt à prendre des risques pour être auprès d’elle. Quitte à perdre la vie.

Deux histoires, deux époques, toujours et encore la même quête qui nous anime tous, qui fait de nous des êtres humains heureux, la liberté.

Bonne lecture à tous.

2021, une année littéraire italienne

Coïncidence ou pas, mes premiers achats de romans de l’année 2021 sont tous écrits par des auteurs italiens ou parlent de l’Italie. C’est donc tout naturellement que je dédie cette année littéraire à mon pays de cœur.

Come prima de Sophie Simon aux éditions Anne Carrière.

Le magnifique roman de Sophie Simon ouvre le bal de mes lectures 2021.

A Rome, Celso aime Elena et Elena aime Celso, d’un amour fusionnel, passionné et destructeur. Trente ans après leur séparation, ils se revoient. Le roman de Sophie Simon sur le questionnement de pourquoi je l’aime lui ? pourquoi elle ? vous happe comme un vent violent qui balaye tout sur son passage. Relation toxique ? Amour inconditionnel ?

Celso est rongé par la peur de perdre Elena, qu’elle lui échappe mais aussi par la peur de la posséder, vraiment. Elena veut être l’unique, celle que l’on ne partage pas. Aime t-on à 25 ans comme on aime à 60 ? L’attirance naturelle, cette loi de l’attraction contre quoi on ne peut rien peut-elle s’évaporer vraiment après toutes ces années passées loin de l’autre ?

J’ai aimé Celso, ses doutes, parfois il aurait eu besoin d’une bonne claque. J’ai détesté Elena, son besoin de vengeance destructrice mais je l’aurai bien prise dans mes bras parfois, pour la réconforter.

C’est là toute la force de ce roman, tantôt on aime, tantôt on déteste les décisions prises, les réactions et les actions de deux êtres guidés par un besoin d’exister l’un pour l’autre, d’une manière absolue.

Borgo Vecchio de Giosué Calaciura aux éditions Folio

Ce roman date de l’année 2017 et il vient d’être édité en format poche. Direction la Sicile et le quartier du Borgo Vecchio à Palerme. Si vous vous souvenez du quartier de Naples où Elena et Lila de l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante vivaient, eh bien, c’est pire, trois fois pire.

De la misère d’un quartier, de la pauvreté de ses habitants, de la violence faite à Cristofaro, du manque d’amour donné à Mimmo, ces deux amis d’enfance liés à la vie à la mort, de la candeur de Céleste qui attend sur le balcon que sa mère Carmela en finisse avec ses clients, Giosué Calaciura brosse un tableau sicilien à la manière d’un opéra où se mêlent à la fois la beauté et la haine, la violence et la bonté. Et puis il y a Toto, leur héros, l’ange gardien, celui qui vole mais surtout celui qu’ils voudraient tous pour père.

Giosué Calaciura est une grande découverte littéraire, avec un grand G. Son écriture est poétique, dense où dansent les métaphores, parfois difficiles à cerner certes mais si riches d’enseignement pour donner à ce roman insulaire toute sa force à résister à sa misère économique et morale. Parfois, je crois aux coïncidences et là, en l’occurrence, le prénom Giosuè serait-il l’apanage des grands poètes italiens? La littérature italienne contemporaine détiendrait-elle son nouveau Carducci ? Il se pourrait bien !

L’empreinte de la chair de Sabine Bolzan aux éditions du Loir.

Qui aurait cru qu’un jour, je me laisse tenter par un polar … C’est chose faite avec L’empreinte de la chair de Sabine Bolzan …

Ce livre a une histoire très particulière: avec Sabine, nous nous sommes croisées d’abord à un déjeuner de blogueuses mais j’étais assise loin d’elle …puis s’en est suivie une rencontre d’auteurs organisée par la librairie Lacoste de Mont de Marsan, deux ou trois mots échangés, cordiaux mais rien de plus, le polar n’étant pas ma lecture première, je ne me suis pas attardée sur le stand . Je l’avoue, j’avais remarqué l’élégance naturelle de Sabine, ses longs cheveux. Et grâce aux réseaux sociaux, nous avons commencé à discuter et découvert que nous avions un point commun, un événement qui fait que nous nous sommes comprises tout de suite. L’amitié naît parfois dans de drôles de circonstances et Sabine a traduit cette amitié naissante par l’envoi de son livre. Presque timidement, avec une réserve qui la caractérise, elle a souhaité m’envoyer son roman.

L’empreinte de la chair est un privilège, un cadeau du cœur, un écrivain qui vous envoie son livre, c’est une première fois qu’on n’oublie pas.

Le roman de Sabine Bolzan détient tous les codes du polar : des enlèvements, des meurtres, des sévices corporels, de la manipulation, une sacrée dose de cruauté sauvage, un monstre humain, de la vengeance, du sang, tout l’attirail nécessaire pour torturer, des sangles, des cordes, et une enquête menée finement.

Sauf que quand, on est comme moi pas une non spécialiste de polar, on s’attache à d’autres éléments du texte et il est même possible d’en oublier la cruauté des actions. Le personnage de Justine a emporté de ce fait tout mon intérêt et j’ai cherché à comprendre cette héroïne moderne, avec ses failles, ses démons et ses réussites sur la vie.

Sabine Bolzan aime la terre, les bonnes choses, la cuisine saine et gourmande, la nature et les animaux, est sensible aux belles choses, aux beaux endroits et à la décoration raffinée, elle mène tambour battant sa vie de maman, d’épouse, d’entrepreneur et d’écrivain . C’est une super nana !

L’empreinte de la chair a une suite et le facteur ne devrait pas tarder… Ah tiens, quand on parle du loup il est dans la boite aux lettres. L’amitié prend parfois de belles formes. A bientôt pour le Tome 2, Justin.

Mes lectures de l’été 2020

La vita bugiarda degli adulti d’Elena Ferrante aux éditions Gallimard.

Il était très attendu ce nouveau roman de l’énigmatique Elena Ferrante, auteur de la trilogie de l’Amie Prodigieuse . Un conseil, ne le comparez pas à l’Amie Prodigieuse: ce nouveau roman, bien qu’il se passe dans le Naples riche et le Naples pauvre, décortique à la sauce aigre douce ou piquante – c’est vous qui le direz- la vie de Giovanna , adolescente de 15 ans en proie à tous les questionnements que peut avoir une jeune fille de son âge, au milieu du monde des adultes qu’elle découvre fourbe, traitre et menteur.

Elena Ferrante brosse un portrait d’ado avec une finesse extrême, parfois de manière crue mais toujours avec cette volonté de ressentir et de comprendre les émotions, de se construire en respectant ses choix, ses envies et sans redouter les jugements des adultes qui eux ont aussi beaucoup de choses à cacher. Tout le petit monde de Giovanna s’écroule comme un château de cartes mais la plume acerbe et déterminée d’Elena Ferrante sera pour nous, lecteurs adultes et lecteurs parents, une véritable introspection et une grande leçon de vie sur la difficulté mais aussi la joie de vivre avec nos ados.

Dans un autre registre, Elena Ferrante réussit la prouesse de nous emmener dans un road movie intellectuel et émotionnel qui nous questionne sur notre rôle de parents et ce que nos ados attendent de nous. Alors, n’hésitez pas, partez à Napoli avec Giovanna !

Les Demoiselles de Anne-Gaëlle Huon aux éditions Albin Michel.

Après le très beau Le Bonheur n’a pas de rides (Le Livre de Poche, n°), Anne-Gaelle revient avec une pépite. Une pépite qui a le doux prénom de Rosa, de Colette, de Véra et tant d’autres femmes qui sont les héroïnes de cette ode à la liberté féminine, à la détermination, au raffinement et à l’amour. Elles sont Hirondelles, ces filles espagnoles qui cousent à longueur de journée à l’usine d’espadrilles pour gagner de l’argent et se constituer un trousseau, Demoiselles, ces cocottes des beaux quartiers parisiens ou encore domestiques. Mais elles ont toutes le même rêve, être libre: libre d’aimer, de faire les choix de vie qu’elles auront décidé, libre de travailler et d’entreprendre, tout simplement libre de vivre la vie qu’elles se seront choisi. De Mauléon à Paris, de la côte basque aux appartements de luxe parisiens, Anne-Gaelle nous transport dans des mondes secrets et intimes. Écrit avec délicatesse et sincérité, Les Demoiselles ne pourra que vous toucher et vous n’oublierez pas de si tôt Rosa et les autres, leurs destins et leurs rêves vous accompagneront un long moment. Coup de cœur assuré pour ce roman lumineux et oh combien palpitant.

Photo réalisée à la boutique Art of Soule à Biarritz- Espadrilles fabriquées à Mauléon

La bibliothécaire d’Auschwitz d’Antonio G.Iturbe chez Flammarion.

Sujet grave, sujet poignant, le titre du roman de l’espagnol Antonio Iturbe paru en 2012 parle de lui même, c’est un roman qu’on n’oublie pas, une fois la dernière page fermée.

Dita a quatorze ans quand elle est emmenée au camp d’Auschwitz avec ses parents et elle aura la lourde mais oh combien noble tâche d’être la gardienne de huit manuscrits qui serviront à l’instruction des enfants dans le bloc 31.

Roman historique qui nous en apprend encore sur ce camp de la haine et de la mort, sur les atrocités vécues par les prisonniers, sur le sanguinaire docteur Mengele et ses expériences. Roman de l’espoir avec des personnages prêts à se battre et surtout à ne jamais baisser les bras face à ce déferlement de violence, face à la faim, au froid, à la maladie et aux épidémies, face à un avenir où la mort se joue à pile ou face.

Dita est courageuse, dévouée, délie les situations parfois cruelles en donnant aux autres de son temps, de cette joie de vivre qu’il lui reste et de ce brin d’humour qu’elle utilise avec ses copines de camp, pour adoucir leurs inquiétudes et leur quotidien.

Roman éprouvant, roman qui interpelle, roman qui bouleverse mais roman qui fait comprendre. Vu dans les yeux d’une adolescente prête à tout pour s’en sortir et sortir sa famille et ses amis de ce camp de l’horreur, gardienne de huit trésors que sont ces livres, comme le dit son professeur: « Tu me sembles être une fille très courageuse ». « Mais je tremble ! avait elle répondu, dévastée ».  » Et c’est pour cette raison que tu es courageuse. Les courageux ne sont pas ceux qui n’ont pas peur. Ceux-là, ce sont les téméraires, ceux qui ignorent le risque et se mettent en péril sans être conscients des conséquences. »

 » C’est vrai: la culture n’est pas nécessaire à la survie de l’homme, seuls le sont le pain et l’eau. Mais si l’homme peut survivre en ayant du pain à manger et de l’eau à boire, quand il n’a que cela, c’est l’humanité tout entière qui s’éteint. Si l’homme n’est pas ému par la beauté, s’il ne ferme pas les yeux pour mettre en marche les mécanismes de son imagination, s’il n’est pas capable de se poser des questions et d’entrevoir les limites de son ignorance, c’est un homme ou c’est une femme, mais ce n’est pas une personne; rien ne le distingue d’un saumon, d’un zèbre ou d’un bœuf musqué. » Antonio G. Iturbe.

Rien n’est noir de Claire Berest aux éditions Stock.

Rien n’est noir est le deuxième roman le plus plébiscité par les blogueurs et instagrammeurs pour le Grand Prix des blogueurs 2019, et lors de la soirée du 31 janvier dernier, j’ai passé un excellent moment avec Claire Berest pour une séance de dédicace intense, de part la personnalité extrêmement douce et bienveillante de l’auteur, son coup de crayon pour dessiner et embellir la première page et le temps qu’elle accorde à chacun de ses lecteurs, un vrai échange, comme je les aime.

Si vous êtes comme moi, dans la nébuleuse totale de celle que l’on aperçoit dessinée sur des objets de déco, cousue sur des tote bags, imprimée sur des tee shirts ou brodée sur des paniers en osier, alors ce roman est pour vous et Frida Kalho n’aura plus aucun secret pour vous.

Quelle découverte humaine et artistique! Celle qui est plus connu pour son visage anguleux et sévère, ses sourcils rapprochés, sa fine moustache de brunette, ses fleurs dans les cheveux portées en macaron- certes c’est bien elle!- mais ce portrait est bien restrictif à côté de ce qu’elle est vraiment : une femme entière, crue parfois, exubérante, blessée dans sa chair par un violent accident, une femme amoureuse et passionnée et certainement le plus grand peintre surréaliste féminin mexicain. Claire Berest raconte Frida Kalho avec tellement de cœur que l’on ne peut que l’aimer: Frida Kalho et ses coups de gueule, ses dépressions, ses souffrances liées à la maternité, ses frasques, sa vie de débauche, d’alcool et de soirées mondaines, sa sensibilité envers les autres et son empathie.

Mais ce qui m’a le plus envoutée, le plus touchée, c’est Frida Kalho, folle d’amour pour son peintre de mari Diego Rivera – j’ai rarement vu un amour aussi absolu- et Frida Kalho, immense artiste peintre, précurseur et visionnaire.

Roman fort, sensible, passionné, poétique. Frida Kaklo et la plume fine, sensible et emportée de Claire Berest m’ont conquise, il ne pourra en être autrement pour vous aussi lecteurs. Et vous ne regarderez plus jamais Frida Kahlo de la même manière.

Claire Berest à la soirée du Grand Prix des Blogueurs – Paris, janvier 2020.

Jolis jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy aux éditions Belfond

Grand prix des blogueurs 2019

Les blogueurs et instagrammeurs littéraires ont leur prix ! A l’initiative de la blogueuse et écrivain Agathe Ruga (Sous le soleil de mes cheveux blonds– Éditions Stock Arpège), chaque année, nous élisons un roman de littérature blanche. Et 2019 est l’année de Julien Dufresne-Lamy pour son magnifique roman Jolis jolis monstres aux éditions Belfond.

Au cours d’une soirée parisienne fin janvier, j’ai eu le privilège de participer à la remise du prix à Julien, en présence d’une centaine de blogueurs et d’écrivains; avec mon amie blogueuse Karine, on n’a vu que du beau monde ! Quel bonheur de rencontrer Alexandra Koszelyk, auteur de A crier dans les ruines dont je vous parlais dans le Ze mAG de janvier, un roman fort sur Tchernobyl, Claire Berest pour son roman Rien n’est noir aux éditions Stock dont je vous parlerai bientôt; quel bonheur de revoir Éric Genetet ( Un bonheur sans pitié – Editions Héloïse d’Ormesson) et Elsa Flageul (A nous regarder, ils s’habitueront– Editions Julliard), Sylvie Le Bihan ( Amour propre– Éditions JC Lattes) ) et Anne Gaëlle Huon ( On attend son prochain roman avec impatience) !

Une histoire de drag-queens

Jolis jolis monstres c’est pour moi une immense surprise tant sur le plan littéraire que sur le plan pédagogique : le monde des Drag queens ? je ne savais pas vraiment ce que c’était ! Mon seul souvenir c’est Ru Paul quand elle chantait avec Elton John « Don’t go breaking ma heart », j’adorais cette chanson! Il y a certes Michou et son cabaret et la chanson de Charles Aznavour  » Comme ils disent » que je connais par cœur ! Là s’arrêtaient mes références, maigres il faut le dire !

Jolis jolis monstres c’est l’histoire, j’ai envie de dire la belle histoire, de ce mouvement drag et voguing aux États Unis dans les années 80 : James est Lady Prudence et elle va nous raconter sa vie de drag-queen d’Atlanta à New York, ses joies, ses peines dans le début des années sida, ses doutes et ses renoncements parfois, l’amitié, l’entraide, la peur, la concurrence, la famille qu’on se crée, le monde de la rue et des pièges, le regard des autres … Quand James rencontre Victor qui deviendra Mia de Guadalajara, c’est une belle amitié qui commence et un long chemin vers la quête du bonheur et de l’ identité.

Un roman fort et touchant

Fort parce que Julien Dufresne-Lamy écrit avec les mots justes, précis, poétiques, parfois crus, il s’attache aux détails pour nous aider à comprendre ce qu’est ce monde de « fofolles » comme certains disent, ils n’ont vraiment rien compris ! Touchant parce que les personnages du roman ont existé pour la plupart, un film leur a été consacré en 1990 « Paris is burning » et j’y ai retrouvé Ru Paul et ses copines.

Avec le roman de Julien, envolés les préjugés, exit les regards et les gestes dénonciateurs, l’auteur s’attache à nous montrer combien certes, être différent relève du parcours du combattant, et c’est encore vrai aujourd’hui, mais que triompheront toujours l’amour, la beauté de l’âme et du cœur, la liberté et l’acceptation de ces différences. La tolérance quoi !

Et s’il ne fallait retenir que quelques mots : « N’oublie jamais qui nous sommes, Victor. Nous sommes un petit pays fou dans la doublure du monde[…] Nous devons montrer nos nuances, nos ratures, nos erreurs de la nature. […] On n’a pas peur du grabuge et de de la nuit qui s’écroule sous les toits.[…] On amadoue les mauvais sorts et les chats noirs parce que nous aussi, nous ne sommes que de la chair de gouttière. »

Et une seule phrase : S’inquiéter, ça veut dire aimer et rien d’autre. Lady Prudence, tu as tout compris de l’amour.

Julien Dufresne-Lamy et son trophée 2019
Alexandra Koslekyk et moi

Le foulard rouge de Patrick Fort chez Gallimard.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire … Michel Fugain aurait pu écrire ce refrain en refermant la dernière page du livre de Patrick Fort. Un roman captivant, intense qui vous entraine en Italie, en Espagne puis en France et pas n’importe où en France, dans nos Landes côtières et nos belles Pyrénées Atlantiques, en Béarn.

Maylis, Giovanni … Giovanni, Maylis … Une histoire d’amour sur fond de deuxième guerre mondiale, au camp de Gurs, et d’une richesse historique immense pour qui veut connaitre cette période sombre de l’histoire de la France, à quelques kilomètres de nos Landes …

Ce camp est un peu méconnu. Le Foulard rouge le ramène à la lumière de ce qu’il a été, un camp où l’on enfermait les réfractaires, les opposants, les indésirables, les parasites … Des hommes et des femmes de toute nationalité, basques, espagnols, allemands, hongrois, italiens, juifs, catholiques, parqués dans des baraquements alignés au carré, sales et inconfortables, séparés par une allée centrale et ceints de barbelés pour les empêcher de se parler, surveillés comme le lait sur le feu, où leur quotidien n’était que malheur, faim et solitude.

Giovanni est italien, venu se battre aux côtés des républicains espagnols qui luttaient contre Franco, Maylis est une jeune fille du village qui va croiser le chemin d’une militante du Secours Protestant et rentrer dans le camp pour aider les prisonniers.

Leurs engagements et leurs dévouements les mèneront jusqu’à un amour unique, authentique, dévoué. Jusqu’à la trahison.

Le Foulard rouge est un très beau roman, beau au sens de « qui fait naître un sentiment d’admiration », d’élévation culturelle et sentimentale: vous vibrerez avec Maylis, son audace, son courage et son désir d’aider l’autre est sans pareil, une femme que l’on n’oublie pas. Giovanni, forcément, je l’ai aimé tout de suite: sa force de caractère, son engagement, son renoncement puis sa résilience, sa solitude, ses peines enfouies m’ont touché en plein cœur, peut-être parce qu’il me rappelle, pour certains aspects, quelqu’un que j’ai aimé. Vous aimerez aussi les personnages secondaires comme Victor, le mari, Pierre l’ami fidèle ou le curé de la paroisse, les compagnons de combat et de camp, les vrais, ceux qui vous donnent la force d’avancer .

Il m’a fallu faire une pause après ce roman tellement mon ancrage dans le camp de Gurs était fort, tellement la présence de Giovanni et Maylis ne me lâchaient pas: longtemps, je me suis demandée pourquoi la vie pouvait faire se rencontrer des âmes perdues et puis les faire s’éloigner, j’ai ma réponse ici dans votre roman Patrick Fort que je plébiscite haut et fort parce qu’il porte les couleurs de l’espérance et de l’amour.

Coup de cœur assuré pour le roman de Patrick Fort, auteur pyrénéen qui vit et travaille au Moun, oui je l’avoue, je suis très honorée qu’un écrivain talentueux foule notre terre montoise.

Pour tenter d’oublier le passé ineffaçable et le présent étouffant, je n’ai pour seul horizon qu’un avenir incertain.(Giovanni)