Ma belle surprise de cette rentrée littéraire est le nouveau roman d’Olivier Adam, Et toute la vie devant nous chez Flammarion.
C’est le premier roman de cet auteur que je lis et vraiment j’ai adoré son écriture. Tout est dit, rien ne manque, on est plongé au cœur de ce trio d’amis Alex, Sarah et Paul et il est difficile de les lâcher.
En lisant ce roman, j’avais l’impression d’être dans le même univers que Nos enfants après eux de Nicolas Mathieu mais en région parisienne. Olivier Adam comme Nicolas Mathieu décortique avec brio, âpreté et moult détails les années 80 et 90, les galères et les réussites d’une jeunesse de banlieue qui se cherche, qui doit faire des choix parfois difficiles, qui vit des amours contrariées ou impossibles.
C’est un roman certes empli de mélancolie et de tristesse, c’est vrai, quand j’y repense, il y a peu ou pas de place à l’humour et à la lumière entre les lignes. Ça peut paraitre ennuyeux et ça ne l’est pas. Peut-être parce que ce roman est surtout un hymne à l’amitié, la vraie, la fidèle, l’indélébile, même si celle de nos trois amis est chaotique, parfois cruelle, souvent dans le questionnement et les loupés. On s’attache à eux, on les juge, on les aime, on les déteste, on leur pardonne, on souffre avec eux, on admet, on accepte leurs choix. Ou pas.
J’ai lu dans la presse « Olivier Adam, ou on l’aime beaucoup ou on ne l’aime pas du tout voire on le déteste ». Pas de demi-mesure. Parce qu’il écrirait toujours sur les mêmes sujets, d’inspiration autobiographique, l’impression pour certains de lire toujours la même histoire, dans des endroits récurrents, avec des personnages récurrents.
En tout cas moi, je vais en lire d’autres et je me ferai ma propre opinion.
Il y a des romans qu'on aime bien, d'autres qu'on adore, d'autres encore qu'on pourrait relire des dizaines de fois. Il y a ceux qui vous restent à l'esprit tant les personnages ont envahi votre univers pendant 350 pages, ceux qu'on n'arrive pas à finir, ceux qu'on qualifie de navet - notion très subjective, c'est quoi un navet en littérature ? Il y a le livre qu'on prête ( il s'appelle reviens !) , qu'on empreinte à la bibliothèque mais qu'on achète après parce qu'il était trop chouette.
Et puis il y a le livre qui fait écho, qui irradie vos veines et rentre dans chacune de vos pores, le livre beau du début jusqu'à la fin, tellement beau que vous voudriez surligner chaque phrase. Le livre qui laisse son empreinte sur vous comme un tatouage.
Marcher dans tes pas de Léonor de Recondo, c’est ça !
Un bouleversement littéraire fort, une écriture poétique et vibrante. Une hymne à l’amour et à la fraternité. Au pardon aussi.
L’histoire de Marcher dans tes pas, je l’aime pour 3 raisons:
la première, parce que c’est une histoire familiale d’une pudeur et d’une force incroyable, qui brave les dangers, les doutes et questionne sur son héritage. La question du choix – qu’est-ce-qui est mieux pour ma famille ? et après ?
Dans le contexte de la dictature en Espagne, à quelques kilomètres de nous … Me dire que des hommes et des femmes, d’un côté d’un pont étaient libres, de l’autre condamnés à un régime totalitaire cruel.
Ce pont ( et je le connais, j’y suis passée souvent) m’a hantée pendant des jours, cette vision du passage des familles, la douce vie sur la plage d’Hendaye alors qu’en face, on meurt sous les feux de Franco.
la deuxième c’est le choix que fait Léonor de Recondo de demander la nationalité espagnole ou comment on se raccorde à son passé, à ses racines.
Tout le processus qu’elle met en place pour sa démarche, tant sur le plan affectif qu’administratif, est extraordinaire d’émotions et de pugnacité, de doute parfois. C’est beau, c’est fort, c’est le cœur qui parle dans chacun de ses mots.
et puis la dernière raison, plus personnelle, c’est parce que je peux transposer son histoire à la mienne mais en Italie. A la différence que, pour Leonor de Recondo, le gouvernement espagnol a proposé aux petits-enfants et enfants d’immigrés espagnols, d’acquérir la nationalité espagnole.
Je ne citerai que l’article 1 de la loi 20/2022 du 19 octobre dite Loi sur la Mémoire Démocratique ou « Ley de Memoria Democrática » :
Peuvent demander la nationalité espagnole, les personnes nées hors d’Espagne d’un père ou d’une mère, d’un grand-père ou d’une grand-mère, originellement espagnols, ainsi que les personnes nées hors d’Espagne d’un père ou d’une mère, d’un grand-père ou d’une grand-mère, originellement espagnols et qui, ayant été contraints à l’exil pour des raisons politiques, idéologiques, de croyance ou d’orientation et d’identité sexuelles, ont perdu ou renoncé à la nationalité espagnole. (Annexe I)
Vous vous doutez de ma réponse si en Italie, la même loi avait existé.
Bref, le nouveau roman de Leonor de Recondo est une merveille.
Forte de cette lecture, je décide de lire un autre roman de la même autrice
Le grand feu – Livre de Poche
C'est l'histoire d'Ilaria qui brûle d'amour pour la musique et le violon et pour l'être désiré, au point de tout confondre, dans une Venise à la fois sombre et lumineuse du XVII siècle. C'est beau, c'est flamboyant. C'est l'estate de Vivaldi dans sa plus belle version.
Et comme en discutant avec un ami, il me parle de Manifesto qui l’a ému aux larmes, me voilà partie pour un troisième roman de l’autrice
Manifesto – Points
Touchée en plein cœur parce qu'il narre la perte d'un être cher et le lent processus de l'attente. C'est un texte intime et poétique où la lumière est plus forte que les ténèbres.
Je n’avais jamais lu Leonor de Recondo, c’est chose faite. Je n’avais pas eu de coups de coeur littéraire depuis Franck Bouysse, c’est de nouveau chose faite.
Leonor de Recondo sera à Biarritz en conférence dédicace le 19 septembre prochain, ce sera chose faite de la rencontrer.
Une petite play-list des romans que j’ai lu récemment et qui pourront vous être agréables pour un moment de dolce far niente.
PARADISE GARDEN
Direction l’Allemagne et la Hongrie avec le roman Paradise garden de Elena Fisher aux éditions Gallmeister
Billie, 14 ans et sa mère Marika ont quitté la Pologne pour venir s’installer en Allemagne où elles vivent modestement mais heureuses entourées de leurs voisins fantasques. Quand Billie perd accidentellement sa maman, elle décide de partir en direction de la mer du Nord à la recherche de son père qu’elle ne connait pas, qu’elle n’a jamais vu, avec pour seul indice une vieille photo déchirée.
Paradise garden est un road trip extraordinaire à travers des paysages hostiles et froids et surtout le portrait inoubliable d’une adolescente lumineuse qui a grandi trop vite, au courage exemplaire, d’une sensibilité qui vous touchera en plein cœur.
Le final inattendu est à la hauteur de ce roman qui m’a littéralement scotchée.
UN SECRET AMER
Direction Capri et Sorrente avec Meurtres à Capri tome 2 de Luca Ventura au Livre de Poche
Rares sont les fois où je lis un policier, « un giallo » en italien. J’avoue, cette intrigue au cœur de l’Ile de Capri et à Sorrente m’a tenue en haleine.
Elisa Constantini meurt au volant de son triporteur dans des circonstances mystérieuses. Accident ? Vengeance ? Erreur humaine ? L’agent Rizzi et sa coéquipière Cirillo vont avoir du pain sur la planche, dans une île où tout le monde se connaît, où les familles qu’on croit amies deviennent vos pires ennemis, où le profit l’emporte parfois sur les considérations humaines, et cette fichue loi du silence.
Une enquête bien menée au pays du limoncello.
GIANNI LE MAGNIFIQUE
Partons à Turin et dans le monde entier avec Gianni le Magnifique ( alias Gianni Agnelli) de Stéphanie Des Horts chez Albin Michel
La Fiat vous connaissez, la Juventus de Turin aussi mais derrière cet empire industriel et commercial se cache une famille, les Agnelli et son héritier Gianni. Enfin, « se cache » n’est pas approprié pour Gianni qui sera presque plus connu pour ses conquêtes féminines que ses prouesses de businessman.
Et c’est justement ce que ce roman nous permet de faire, choisir ou pas entre le dandy coureur de jupons, amoureux de toutes celles qu’il a croisées sur sa route sentimentale, goujat de première parfois et mari infidèle ou l’homme précurseur, courageux pendant la guerre, diplomate, calculateur et ambitieux qui le mènera au sommet.
Personnellement, le mélange des deux m’a bluffée. Ce qui est certain, c’est que les Agnelli ne vous laisseront pas indifférents et Gianni questionne. A vous de décider.
DU MAUVAIS CÔTÉ
Revenons à Milan avec le magnifique premier roman de Davide Coppo, Du mauvais côté chez Calman Levy.
Milan et ses environs, ses groupes réactionnaires et militants, une jeunesse qui tourne en rond dans les années 80, qui se cherche. Et l’histoire d’Ettore qui bascule lentement vers une idéologie fasciste.
C’est un roman sombre et à la fois rempli d’espoir, qui parle des mauvaises relations que l’on tisse et les colères que l’on exacerbe jusqu’à la violence physique. Jusqu’à se retrouver du mauvais côté. Un énorme coup de cœur pour ce jeune auteur italien qui promet.
LES BIENS AIMES
Traversons l’Atlantique, direction Chicago et New York où nous attendent les 4 sœurs Padavano dans le roman de Ann Napolitano, Les bien aimés aux éditions Les Escales.
La littérature américaine m’a toujours fait ça: j’ai toujours un peu de mal à entrer dans le roman et puis abracadabra! je ne peux pas lâcher cette famille Padavano qui s’aime, se sépare, se détruit, s’abandonne, revient, se redécouvre, oublie le passé pour mieux se reconstruire. On est dans les années 80 où la jeunesse américaine est soit libérée soit ancrée dans des traditions austères. Le personnage de Rose, la mère, m’a déstabilisée de part sa fuite, son égoïsme et sa soi-disant façon d’aimer sa famille.
Et forcément, on a tous quelque chose en nous des sœurs Padavano alors allez-y, go go go ! A great book.
LES HÉRITIERS DE LISBONNE
Et pour terminer votre voyage, revenons en Europe à Lisbonne avec le roman de Gabriel Blanchard, Les héritiers de Lisbonne aux éditions Maison Pop.
Comme Revoir Palerme de Magali Discours dans la même édition, nous voici emmenés dans la ville de Lisbonne et sa campagne environnante.
L’histoire de 2 vies entremêlées à 2 époques éloignées qui vous happent dès les premières pages.
J’ai adoré, c’est un roman vibrant, très émouvant et encore une fois, la fin vous laisse sans voix.
Lisbonne regorge de beautés, notamment l’histoire des azulejos qui tient une grande place dans le roman, que vous aurez certainement envie de découvrir lors d’un prochain séjour.
La littérature permet de rencontrer des femmes passionnées, amoureuses, ambitieuses, modernes et libres.
Toi tu es tout à la fois.
Tu forces mon admiration, tu es de ces héroïnes qui nous font persévérer, croire en l »avenir et braver les dangers.
Dans une Italie machisme et patriarcale, tu as su imposer tes choix , y croire et ton acharnement a payé. Pionnière dans de nombreux domaines notamment dans la lutte pour l’égalité femmes/hommes, pour la promotion du droit de vote des femmes italiennes, tu as marqué l’histoire avec l’ouverture d’un des premiers centres pour venir en aide aux femmes seules, violentées ou analphabètes.
Serais-tu un ange tombé du ciel ?
Sûrement crierais-tu, toi qui ne croit en rien, sauf en la volonté de faire le bien autour de toi, sans l’aide de Dieu ni de ses fidèles.
Et que dire de ta passion pour la littérature ? Une drogue absolue que tu as partagé avec Antonio.
Et l’amour dans tout ça ? Il a été ton moteur chaque jour que la nature a fait lever l’aube. Tu as aimé passionnément, secrètement. Et raisonnablement. Je t’en veux pour cela mais je n’en dis pas plus, les lecteurs se feront leur propre opinion.
Sache juste que tu es et resteras un modèle pour toutes les femmes italiennes et bien au-delà de la frontière de tes Pouilles adorées.
Et pour mettre un peu de baume au cœur, j’ai retrouvé la chanson que tu aimaistant, Grazie ai fiori de Nilla pizzi ….Sa voix accompagne ce roman.
Je suis heureuse et honorée de t’avoir rencontré dans ce roman. Je sais que ton histoire est vraie alors de mon petit coin de France, dans le Sud-Ouest là où mon arrière-grand-mère vénitienne est arrivée en 1925, je t’envoie toute ma gratitude.
Accueil du roman en Italie et ailleurs
La porteuse de lettres est un un phénomène littéraire en Italie qui a reçu le Prix Bancarella 2023 avec 172 votes sur 179, le prix des libraires italiens et un des romans les plus vendus en Espagne. En France, énorme carton également depuis sa parution en mars 2025.
La région d’Anna et Carlo
Partons dans les Pouilles à Lizzanello, le village où Anna débarque avec son mari dans les années 30, dans la province de Lecce.
Ah les Pouilles, destination à la mode depuis plusieurs années, il est devenu difficile d’éviter le tourisme de masse mais c’est tellement insolite. Lizzanello n’est pas la ville la plus visitée alors pourquoi ne pas aller sur les chemins foulés par Anna et sa famille ? A mon avis, depuis le roman, Lizzanello doit être plus connue !
Quelques recettes du roman
Le gâteau aux châtaignes d’Anna, le fameux castagnaccio
Elle s’était donc procuré non sans mal un kilo de farine de châtaigne, des raisins secs et des pignons.
Le orecchiete du dimanche par Agata
Elle éminça un oignon, une carotte et une branche de céleri. Elle jeta le tout dans la sauteuse et une odeur de friture se répandit bientôt dans la cuisine […] Elle vida dans la poêle deux bouteilles de sa sauce tomate maison, ajusta le sel et couvrit le tout. [Il lui restait] à pétrir la pâte pour e orecchiette et les rouler une à une à la main […]confectionner les boulettes de pain et de fromage, les faire frire et les repasser dans le jus.
A tavola !
Le pesto verde d’Anna [p. 42]
Ma mère disait toujours qu’il faut une pincée, mais vraiment une toute petite pincée de sel. Surtout pas plus. Et elle se mit à broyer le mélange en dessinant des cercles à l’intérieur du mortier […] Tu dis attendre que l’ail ait cette consistance, disait Anna. Comme de la crème tu vois ?C’est seulement à ce moment-là que tu peux ajouter le basilic […] Et une autre pincée de sel […] Et elle recommença à broyer avec vigueur, jusqu’à transformer les feuilles en purée. Et maintenant les pignons, le pecorino et le parmesan. Mais à petit dose, tout doucement.
Moi personnellement, je préfère le pesto rosso !Et vous ?
Pour enrichir votre connaissance de l’époque
Le film C’é ancora domani de Paola Cortellesi ( sorti en France en 2023 avec le titre Il reste encore demain)
Surprenant et tellement émouvant, la fin est magistrale. A voir absolument.
Me revoilà avec un nouveau concept : un roman, une atmosphère
L’idée est d’explorer les références culturelles, culinaires, géographiques, historiques du livre qui donnent de la couleur et de la saveur au récit.
Allora andiamo a Palermo per un viaggio culturale meraviglioso* ( partons à Palerme pour un merveilleux voyage culturel)
Synopsis
Déjà la couverture sentait bon la Sicile et quand on ouvre ce roman, c’est tout Palerme qui vous saute à la gorge. Rose laisse Paris et son mari Michel pour trois mois, elle vient de se faire embaucher comme costumière sur le tournage du film de Luchino Visconti, Le Guépard, à Palerme, en 1962. Elle va y rencontrer Rosalia, l’amie fidèle, Nino un petit bonhomme malicieux de cinq ans et son père Ruggero, figurant dans le film. Son retour précipité à Paris cache un drame qu’elle tiendra secret longtemps jusqu’à ce qu’elle se confie, au crépuscule de sa vie, à sa petite fille Constance avec qui elle entretient un lien fusionnel depuis toujours.
Toute sa vie, Rose revoit en rêve ces quelques mois de bonheur sicilien et reste liée à tout jamais à Palerme par ce flacon de parfum aux notes douces amères de fleur de zagara qu’elle reçoit mystérieusement à chaque printemps, depuis plus de soixante ans. Malgré sa mémoire qui fout le camp, Rose fait promettre à Constance d’aller à Palerme, d’honorer sa parole et de demander pardon. Mais quelle parole ? Et demander pardon à qui ? Et pourquoi ?
Constance, avec bien peu d’indices dans ses valises, se lancera dans la recherche de ce dernier secret laissé par sa tendre mamie Rose.
Et Palerme, aux détours de ses ruelles, de ses « piazze », de ses musées ou de son teatro dei pupi va réserver à Constance un accueil et des surprises, bien au-delà de ce qu’elle imaginait.
Sentimenti
Tout ce que j’aime trouver dans un roman est dans Revoir Palerme. Un endroit, ses odeurs, une intrigue, un secret, l’héritage familial, ses conséquences, l’amour, ses questionnements, le partage, la fraternité, l’amitié.
Moi l’italienne du Nord, la curiosité m’a piquée et au-delà de la très belle histoire d’amour du roman, ses personnages au caractère bien trempés qui œuvrent à la conservation des traditions ancestrales, c’est Palerme la grande gagnante de ce livre. Tellement vibrante, vivante, riche culturellement qu’on a envie d’aller réserver son billet d’avion sans attendre.
Et qui sait, peut-être comme Sandro, croiserez-vous à la pâtisserie du couvent la sublime Claudia Cardinale.
Revoir Palerme … Un parfum
Zagara di Sicilia de la marque Zuma est le parfum que reçoit Rose tous les ans par un mystérieux expéditeur. Cette fragrance typique de Sicile contient des notes de néroli, d’orange amère, de bergamote, de citron vert. Un dépaysement olfactif assuré, j’ai testé!
Un film …
Le Guépard, « Il Gattopardo » avant d’être le film à succès de Luchino Visconti, est l’unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, édité à titre posthume en 1958. Il y raconte l’unification italienne de 1860 à travers une famille d’aristocrates siciliens.
Dans le film qui sort en 1963, Alain Delon (Tancrède, le neveu du Gattopardo) et Claudia Cardinale (Angelica, fille du nouveau maire du village de Donnafugata) crèvent l’écran mais aussi Burt Lancaster ( Il Gattopardo) dans un rôle différent. Le film reçoit la même année la Palme d’Or au festival de Cannes. Le compositeur Nino Rota signe la musique.
Palerme, à la fois décor et personnage à part entière, sera sublimée par le réalisateur, tant dans son opulence que sa décadence.
Un tableau …
Constance découvre l’Annunciata d’Antonello de Messine et va l’admirer tous les dimanches au musée « Je crois que je l’aime parce qu’elle a un secret et que j’arrive à le voir! Elle tient son voile clos devant sa poitrine parce qu’elle cache quelque chose, peut-être veut elle freiner les battements de son cœur ou simplement les dissimuler. » [p 137]
Sandro lui proposera alors de découvrir un autre tableau du même peintre, L’Ignoto qui a apparemment beaucoup intrigué Leonardo da Vinci quand il a peint La Joconde.
L’Opera dei pupi, une tradition sicilienne…
Tous les dimanches, Constance assiste au spectacle de marionnettes en bois typiques de Sicile, les « pupi » avec « leurs costumes folkloriques bariolés, leurs armures cliquetantes, leurs belles réparties, les récits des braves chevaliers de Roncevaux ou de Provence. » [P135 du roman]
L’Opera dei pupi est un art qui s’est développé dans le Sud de l’Italie dès 1700 et a connu la prospérité dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Elle met en scène les histoires et poèmes épiques de l’époque médiévale et tout particulièrement celles des paladins.
Chaque ville de Sicile disposait alors d’une compagnie professionnelle de pupi qui s’apparentait à une entreprise familiale et le roman de Magali Discours promet une belle rencontre entre le puparo ( le marionnettiste) et Constance.
La testa di moro …
Ça s’est passé il y plus de mille ans, la légende dit qu’une belle palermitaine a coupé la tête de son mari, un Maure qui avait une autre famille dans son pays, pour en faire un vase et y planter son basilic.
Par la suite, les céramistes ont continué à fabriquer ce pot de fleurs décliné dans de multiples formes et couleurs pour orner balcons, rebords de fenêtres et façades.
Le minne di Sant’Agata …
A Palerme, les religieuses […] se transmettaient oralement les recettes secrètes de génération en génération.
Aujourd’hui Les secrets du cloître est une pâtisserie très réputée où l’on peut déguster ces recettes ancestrales que la dernière des nonnes a livré à la ville de Palerme dans les années 80.
Comme par exemple, les fameux minne di Sant’Agata, les tétons de Sainte Agathe: » un mamelon de pâte sablée garni de ricotta, d’écorces d’orange, de pistaches, de chocolat et recouvert d’une confiture d’orange et d’un glaçage de sucre blanc » [P 186].
Tu ne te souviens plus du trajet entre la maison et l’hôpital. Si tu es passée au vert ou à l’orange. Si tu as marqué le stop à l’angle du boulevard. C’était un début d’après-midi de janvier, un soleil blanc d’hiver. Dix-huit mois plus tard, mes yeux se sont fermés. Pour toujours. Tu as reçu à six heures du matin un appel de ta mère. Viens. Vite.
Black out, rideau, le noir complet.
Ta vie est bancale depuis. Moi, je te regarde, impuissant. Si loin.
Tout avait pourtant bien commencé entre nous. La vie nous a gâtés. Elle nous a fait surtout nous aimer.
Nous deux, c’était la passion qui nous portait, je l’ai su très vite. Sans aucun doute, tu me ressembles.
Petite, déjà, les mots et les livres occupaient tout ton temps. Nous partagions de belles lectures et le soir, je te racontais la Comtesse de Ségur. Dans ta chambre où le papier peint orangé formait des vagues, parfois nous étions émus, ensemble, l’Auberge de l’ange gardien était ton préféré. A dix ans, tu écrivais des poèmes, tu te fichais pas mal de ce que les autres en pensaient, seul mon avis t’intéressait, que je sois fier de toi. Si tu savais combien je l’étais, un peu maladroitement peut-être.
L’été de tes onze ans, te souviens-tu nos vacances tous les quatre ? Nice, la côte d’azur et Monaco ? Hôtel 3 étoiles pendant quinze jours, restaurants midis et soirs. Place Mozart. Tu as toujours pensé que je l’avais fait exprès.
Seul l’océan nous rapprochait. Ta mère ne savait pas nager, nous, nous étions invincibles. Nous nagions jusqu’à ne plus avoir pied puis nous revenions à la brasse, tu observais ta mère qui agitait les bras et faisait les cent pas jusqu’à creuser une tranchée le long des petites vagues de bord. C’était dangereux mais avec moi, tu pensais que rien ne pouvait nous atteindre.
L’océan a toujours été notre ressource, ton inspiration et ta thérapie. Plus tard, le regarder, le sentir remplir tes poumons et tes narines des embruns te suffisait, la baignade n’avait plus le goût de l’enfance.
Sur la côte basque, je te vois marcher le long de la corniche, inspirant l’air iodé et te saouler du vent frais. Comme tu aimes cette roche abrupte, ce bruit sourd des vagues, ce contraste de l’eau et de la montagne au loin. Tu es chez toi là-bas, tu y trouves la paix comme je la trouvais avant, tu me ressembles vraiment.
J’ai aimé te voir grandir, tour à tour étudiante, femme ambitieuse et combattante, amoureuse, épouse et mère. Libre avant tout.
La vie nous avait épargnés jusque-là. Alors le jour où j’ai sombré, tu as sombré avec moi. En moins fort, heureusement. Mais tu y as laissé des larmes et des peines. Me voir pleurer, inconcevable. Malade? Impossible.
Et le feu est passé au vert, on venait de m’opérer en urgence. Tu te disais bénie des Dieux jusqu’à ce jour de janvier. Et les Dieux t’ont lâchée.
Dix-sept ans après, tu attends toujours que je sonne à ta porte pour te porter le pain.
Ne pleure pas ma fille. Je te vois. Je suis là.
Je sais papa. Aujourd’hui comme hier, tu seras toujours là.
Est-ce un hasard ? Est-ce avoir du pif quand votre chouchou de la rentrée littéraire décroche le prix très convoité du Goncourt ?
Peu importe à vrai dire.
Tel un coup de massue sur la tête, j’ai mis quelques jours à comprendre que je tenais entre mes mains un petit bijou, que dis-je, un joyau. En vérité, je l’ai su dès les premières pages. Éblouissant.
Bravo Jean Baptiste Andrea, je suis honorée d’avoir découvert votre roman avant qu’il soit primé, la récompense n’en est que plus belle !
J’ai regardé du coup ce que vous disiez dans La grande librairie le 13 septembre dernier, je n’avais pu regarder l’émission à l’époque. Je n’avais lu aucun autre commentaire dans la presse, écouté aucun libraire m’en parler, juste moi et le roman, comme un couple, dans une intimité qu’il ne fallait pas perturber.
Dans l’émission, vous parliez de reconnexion à l’Italie. Comme je comprends, comme j’adhère, comme j’aime cette idée de revenir à la source, celle de l’héritage.
Vous parliez aussi du beau, que vous aviez découvert en Italie ainsi que l’art, dans ce pays aujourd’hui contrasté entre la beauté et la noirceur . Comme je ressens cela.
Alors au-delà du simple constat que votre roman parle d’Italie, de sa culture et de ses gens, de ceux qui l’ont construite, fait d’elle ce qu’elle est encore aujourd’hui, un pays où l’art et la beauté sont présents à tous les coins de rue et ce malgré, des rues parfois sales, avec des poubelles qui regorgent de détritus, de papiers qui trainent partout, au-delà des personnages forts comme je les aime, Mimo qui me rappelle ces ouvriers italiens qui ont construit des cathédrales, des maisons et des ponts, ces artisans aux mains d’or, issus de familles souvent pauvres et peu reconnus dans leur travail et Viola, femme moderne née dans une famille riche, puissante mais patriarcale et fermée à toute émancipation féminine, au-delà de tout ce qui m’a attirée comme un aimant vers votre roman, il y a votre écriture.
Et votre écriture ressemble à l’Italie que j’aime, emportée, poétique, évocatrice, envoûtante, raffinée, subtile et passionnée.
Je crois sincèrement que je suis en présence d’un grand roman quand il est la parfaite conjugaison de mes sensibilités de lectrice – il faut bien que quelque chose vous attire en premier dans le choix d’un livre, cela peut être une simple curiosité mais généralement pas que – et de l’écriture de son auteur qui vient les sublimer, les augmenter au-delà de mes espérances.
Veiller sur elle a conquis mon cœur. Il est maintenant à la conquête de tous les futurs lecteurs qui iront acheter désormais le Prix Goncourt 2023.
Tanti auguri Jean-Baptiste Andrea.
Je vous laisse découvrir quelques belles phrases que j’ai surlignées dans le roman.
Toutes mes joies, tous mes drames sont d’Italie. Je viens d’une terre où la beauté est toujours aux abois. Qu’elle s’endorme cinq minutes, la laideur l’égorgera sans pitié. Les génies naissent ici comme de mauvaises herbes. P 14
Nous ne sommes pas des aimants. Nous sommes une symphonie. Et même la musique a besoin de silences. (P 458 – discussion entre Mimo et Viola)
Il y avait pire que de perdre sa liberté, c’était d’en perdre le goût.
A peine ai-je fini le magnifique roman d’Emiliano Poddi, Immersion aux éditions Albin Michel que sortent les romans de la rentrée littéraire. Sur l’étagère centrale de mon libraire préféré, ils me font de l’œil et pour la lectrice passionnée que je suis, qui dit rentrée littéraire dit choix. Et oui, il est impossible de tout lire, et choisir est un crève-cœur. Sauf que je pense avoir trouvé une merveille alors finalement, cette rentrée littéraire s’annonce plutôt bien !
Commençons par Immersion avec lequel j'ai fini l'été. Je ne connaissais rien de Léni Riefenstahl, jusqu'à la lecture de ce roman. M'en avait-on parlé en cours d’histoire ? Si oui, je n'en ai gardé aucun souvenir.
Le roman est un mix de réalité et de fiction mais la majorité des événements a bien eu lieu et Léni a bien filmé Hitler dans des films de propagande nazie. L’auteur s’attache à la personnalité de Léni et à la vengeance que trame Martha, le tout dans l’univers secret des fonds marins. Si vous aimez la plongée, vous serez forcément fasciné par la précision et le détail des descriptions et des sensations, dans ce monde sous marin à la fois lumineux, sombre et glacial.
L’intrigue fonctionne bien, j’ai été tenue en haleine du début jusqu’à la fin éprouvant tantôt un certain dégoût envers Leni tantôt une curiosité pour cette femme qui a vécu mille vies en une, tour à tour ballerine, actrice, réalisatrice, écrivain, plongeuse, photographe reconnue. C’est un véritable jeu du chat et de la souris entre Léni et Martha, que tout oppose, la première autoritaire, manipulatrice prête à tout sacrifier au nom de l’esthétisme et la deuxième, fragile et forte à la fois, déterminée, qui préfère la biologie au poids de l’histoire.
En Italie, le livre s’appelle » Quest’ ora sommersa » traduisez cette heure sous l’eau, très évocateur une fois lu le roman. Et en une heure, au fin fond des océans des Maldives, il peut s’en passer des choses. Suspense garanti.
Et boum ! ma pépite de la rentrée, c'est Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea aux éditions de l'Iconoclaste.
Comme Né d’aucune femme, le roman de Franck Bouysse, il y a quelques années ( voir mon tout premier article en mai 2019), le roman de Jean Baptiste Andrea a déposé sur un plateau d’argent tous les ingrédients qui font de ma lecture un pur moment de bonheur littéraire: de la poésie, un texte écrit dans un français soutenu, riche, élégant, puissant, où l’art est sublimé, une intrigue fine, détaillée, haletante, des paysages évocateurs dans l’Italie du début du siècle, la photographie d’une société patriarcale où les femmes veulent prendre la place qui leur revient et d’un pays que l’on voit grandir de la première guerre aux années 80.
Et puis il y a Mimo et Viola. Lui, un génie de la sculpture qui transforme un bloc de marbre en une œuvre d’art, elle, secrète, cultivée, rebelle, moderne, en avance sur son temps, deux personnages passionnés, passionnants, aux destins extraordinaires.
Scotchée, j’ai relu plusieurs fois les derniers chapitres tellement la beauté transpire par tous les mots.
Tel un coup de massue sur la tête, j’ai mis quelques jours à comprendre que je tenais entre mes mains un petit bijou, que dis-je, un joyau.
En vérité, je l’ai su dès les premières pages. Éblouissant.
J’ai étudié le livre à 10 ans en classe de CM2, et à en voir l’état des pages cornées et légèrement jaunies, je me souviens très bien que j’avais aimé l’histoire de ce coquillage voyageur qui brave les mers et se fait capturer par des méchants pirates. Il sera ensuite abandonné, testera la solitude et le désespoir jusqu’à découvrir l’amitié, la vraie, la fidèle.
Certes ce texte est poétique mais aujourd’hui en le redécouvrant, je lui trouve un côté cruel fait de descriptions de scènes violentes, tristes et le procédé d’écriture à l’aide d’images et de métaphores utilisé par l’auteur est difficile à comprendre parfois.
Au final, je n’ai apprécié le texte qu’à partir du moment où Bulle découvre l’amitié avec Jean. Je réalise alors que ma sensibilité aux événements tristes est exacerbée et qu’avec l’âge et l’expérience, le texte tant aimé de l’enfance me parait en 2023 une histoire plus sombre qu’il n’y parait. L’effet d’émerveillement n’a plus fonctionné. Je me demande même comment j’ai pu l’aimer autant à l’époque, bizarre comme sensation mais c’est certainement là tout l’art du conte.
Il me reste toutefois la mer, personnifiée, que René Fallet décrit avec tout son génie.
Je suis la mer. On me connait. Je suis salée. Je suis bleue quand le ciel est bleu, verte quand le ciel est…vert. […] Mais je peux être tempête, j’emporte les bateaux, fait claquer les drapeaux! il ne faut jamais oublier qui je suis.
Bulle ou la voix de l’océan est toujours édité chez Folio Junior ( Gallimard Jeunesse) mais avec une nouvelle couverture.
Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)