Biarritz, août 2019: je rentre d’une petite virée en Bretagne où je m’étais lancée comme défi de ramener dans mes valises des romans au gré de mes pérégrinations dans les librairies indépendantes des Côtes d’Armor et du Morbihan.
Auray, Librairie Vent du soleil … le libraire est sympa, il aime l’Aquitaine, il golfe là bas, bref le courant passe, on discute, m’explique qu’il fait partie d’une association de libraires indépendants « Initiales », un libraire passionné comme il fait bon en rencontrer un peu partout en France.
Et sur le fil du rasoir il me conseille A la ligne de Joseph Ponthus alors que j’emportais un autre livre vers la caisse: « Prenez le , vous allez l’aimer c’est sûr ! »

Ce libraire breton a vu juste: sur la plage de Biarritz, j’ai englouti ce roman en quelques jours, sa poésie a tout balayé sur son passage, me faisant oublier les soucis, les sautes d’humeurs des uns et des autres – les vacances en famille ce n’est pas toujours simple – mais surtout que la rentrée approchait.
A la ligne est un grand poème, une ode à la liberté et au partage: 263 pages de vers, envers et contre tout, la vie dure d’un intérimaire dans des usines de poisson, de viande, avec des « pauses » ( mouais, si on peut appeler ça des pauses! ) dans le domaine d’étude du narrateur, la direction de centre d’animation. Jamais je ne me suis lassée, bien au contraire, je fermais le livre à regret, laissant le narrateur et l’odeur du poisson ou de la viande crue qui lui collait à la peau, dans la froideur des salles d’usine et des frigos où décharger des kilos et des kilos de crevettes était son quotidien durant des jours.
J’ai compris le monde fermée de l’usine, ses douleurs, ses manques mais surtout ses joies à la pause café clope, ses anecdotes, ses hommes qui travaillent dur, qui répètent sans arrêt des gestes lents ou saccadés, tout dépend de ce que vous triez, pesez, déchargez, empaquetés, versez, coupez, tranchez, rangez, sentez et absorbez par toutes les pores de votre corps.
Des belles phrases, il y en a tout le livre, et si je devais n’en retenir que quelques unes, ce serait celles là, pour vous dire combien le livre de Joseph Ponthus est un hymne à la liberté et à la persévérance:
« J’en chie de cette usine,
De son rythme à la con,
De ses trucs insensés à faire tous les soirs ,
Ne pas le dire,
L’écrire ».
« Tout le monde ne fait au fond que de trimballer ses carcasses ».
« Je ne dois rien à l’usine pas plus qu’à l’analyse
Je le dois à l’amour
Je le dois à ma force
Je le dois à la vie ».
« Ma vie n’aurait jamais été la même sans la psychanalyse
Ma vie ne sera plus jamais la même depuis l’usine
L’usine est un divan ».
La poésie n’est pas morte, ça non, bien au contraire! Le monde en est rempli ! Reprenez-en un peu avec A la ligne, sans modération.










