« C’est difficile et c’est long de faire de son enfant un homme ou une femme. Ca dure toute une vie de parents et c’est pas encore assez ».

C’est l’histoire de Clémence …

Isabelle Desesquelles , Je voudrais que la nuit me prenne … Editions Belfond – 2018

204 pages de poésie à travers les yeux d’une enfant de 8 ans … La perte, le deuil, cette barrière invisible entre l’avant et l’après, et comment survivre … Bouleversant, remuant, et à la fois si plein d’espoir … Un roman qu’on oublie pas.

Ciao Bella, Bella Serena e Bel incontro…

Ciao Bella c’est le livre de Serena Giuliano aux éditions Cherche Midi – 2019

Plage d’Ilbarritz – Bidart – Non loin du Paradis … dav

Ma rencontre avec ce livre

J’avais remarqué cette couverture de livre dans la presse et forcément avec un titre pareil, Ciao Bella, je ne pouvais que l’aimer d’avance … Au Salon du Livre de Paris 2019, Serena Giuliano était installée juste à coté de Lorraine Fouchet, en dédicace, pour qui je faisais la queue … Le livre acheté en quelques secondes et me voilà face à Serena Giuliano, charmante, souriante et une dédicace …« Je vous souhaite un bon voyage en compagnie d’Anna «  … Eh bien, quel voyage en effet …

Coup de coeur italobiarrot

Vous aimez l’Italie, vous vous posez des questions existentielles, vous aimez vos amies et vous ne pouvez pas vous passer de votre psy ( temporairement !), vous chérissez profondément votre Nonna ( grand-mère en italien ) et vos enfants …Vos êtes in love avec BTZ, si si on peut être in love avec une ville de la côte atlantique ( je sais ce que je dis, croyez moi !) alors vous allez ADORER Ciao Bella et son auteur: une jeune femme charmante, gaie, talentueuse, avec une bande de copains extraordinaire (Sophie, je parlerai de vous bientôt !!), à l’écriture fine et détaillée qui, forcément, fait écho à nos vies, nous les femmes, les mamans, les épouses, les filles de nos parents, les soeurs, les amoureuses, les travailleuses, les ambitieuses, les genéreuses, les meurtries, les tristes, les sensibles, les hypocondriaques, les angoissées, les paniquées, les clostros, les fofolles, les amies, les acheteuses compulsives, les fonceuses, en somme les croqueuses de vie…

Et Anna, c’est toutes ces femmes à la fois … Je n’ai pas envie de tout vous dévoiler tellement le roman de Serena Giuliano est riche de ces moments que nous avons toutes connus, testés ou espérés un jour dans nos vies de femmes ou au contraire jamais connus, jamais testés et jamais espérés car ce sont des moments tristes et douloureux …là on se dit qu’on a eu de la chance.

Le roman de Serena Giuliano se lit comme un journal intime, Anna y raconte ses séances avec son psy, ses flash back dans l’enfance, son quotidien, ses rêves de demain; Anna on l’aime pour sa sincérité, son honnêteté à dire et décrire les angoisses et les peurs qui la hantent , il n’y a pas de tabou, pas de honte même à « avoir peur de toucher les restes de nourriture dans le siphon de l’évier […] peur de l’autoroute […] peur des pommes de terre qui ont germé « .

Plus personnellement …

J’ai revu Serena Giuliano au Salon du Livre de Villeneuve sur Lot, deux mois après Paris, j’avais lu son livre et je revenais lui parler de mon voyage avec Anna : comme elle, je suis tombée amoureuse d’une ville, d’une atmosphère, d’une ambiance de vie où il fait bon vivre, travailler, lire, écrire, sentir, respirer, marcher, manger, boire, dormir, aimer … « Tu verras, tu vas l’aimer tellement fort, toi aussi, qu’on décidera d’aller y vivre« […] Bientôt, nous irons nous installer face à l’océan ».

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Plage de la Milady – Biarritz – The paradise ….

Grazie, grazie mille, grazie mille mille mille

Merci mille fois pour ce très beau roman Serena Giuliano, un hymne à la vie, au pardon, à la liberté, au libre choix, à l’amour et à l’amitié que l’on donne et que l’on reçoit en échange, un hymne à votre beau pays qu’est l’Italie ( oh combien je suis fière moi aussi d’avoir du sang vénitien dans les veines, de lire, comprendre et parler la lingua italiana, piacere la pasta al dente !), un hymne à Biarritz et vous savez combien j’envie Anna pour ce qu’elle fait …

Soyez rassurée Serena, j’ai passé un excellent moment avec votre livre et je fais le voeu que Ciao Bella ne soit que le début d’una bella avventura …

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Villeneuve sur Lot / Lot et Garonne / Nouvelle Aquitaine / mai 2019

Né d’aucune femme

Franck Bouysse – Editions La manufacture de livres. 2019

« Je vivais à la ferme, avec mon père, ma mère et mes trois sœurs. Les Landes, que ça s’appelait. »

Ma rencontre avec le livre

Chaque achat de livre a son histoire, ce n’est jamais un hasard ….Pour « Né d’aucune femme », c’est mon amie libraire qui me l’a conseillé. Je n’ai pas hésité une seconde.

Quand j’ai commencé à lire, j’ai été bouleversée comme à ma première lecture « Des Contes et Nouvelles » de Maupassant et rapidement mon livre est devenu un chantier avec des mines de « post it » orange et rose fluo: il fallait que je conserve, que je mémorise, que j’absorbe les phrases, les mots, les odeurs, les atmosphères. C’est pour ça qu’il est difficile de lire un livre après moi, c’est une véritable compilation de crayon à papier, de lettres surlignées , de pages entourées et de parenthèses dans les marges. S’il n’y a rien de tout cela, le lecteur à qui je prête mon livre peut se dire que je n’ai pas beaucoup aimé … Je vous demande simplement de l’indulgence car ma pensée sera décousue face à ce roman si plein d’amours, d’amitiés, de haines, de violences, de désirs, de renoncements, de passions, d’espoirs, si gorgé de senteurs, d’odeurs, de paysages, de visages, de chevaux fiers, de famille unie, de morts qui hantent, de vies brisées, de dos qui se courbent et qui se redressent ….si riche de liberté car c’est ça le fin mot de l’histoire, être libre …Oh combien tu sauras être libre, Rose !

Franck Bouysse et Maupassant

Franck Bouysse, vous êtes mon Maupassant du XXI siècle. J’ai retrouvé grâce à Rose, Edmond, la vieille, le maître de la forge, Génie, le curé, le sacristain, les parents paysans et tous les autres cette atmosphère qui, à 12 ans au collège, a bouleversé ma vie de jeune lectrice et transformé ma façon de lire. Maupassant m’a révélé ce qu’était le pouvoir des mots et vous avec Né d’aucune femme, vous les sublimez. Dans votre roman, construit comme une véritable enquête policière, un polar rural et paysan ( un nouveau genre ?) où le lecteur est pris dans une quête effrénée de la vérité, tous les registres chers à Maupassant y sont: le registre réaliste où vous décrivez avec précision les personnages, les lieux et les atmosphères, le registre fantastique et dramatique et une dose suffisante de pessimisme pour penser que Rose va mal finir …

« Né d’aucune femme » c’est pour moi quatre thèmes, il fallait bien faire un choix. Toutes les citations sont issues du livre et je souhaite qu’elles déclenchent chez mes lecteurs l’envie de pousser la porte de leur librairie…

Les Landes et les paysans

Honnêtement, je ne sais pas si les Landes que vous décrivez dans votre roman sont Mes Landes à moi, celles où je suis née et où je vis encore aujourd’hui car je n’y ai pas vu la présence des pins mais à la limite, peu importe … Quand j’ai lu vos paysages, les odeurs, les étangs, les fleurs et les arbustes, les travaux des champs, les corvées paysannes, j’y étais, dans mes Landes. Les photos qui illustrent le titre sont toutes issues du livre Les Landes en 500 photos aux éditions Laurent Signoret.

« Je venais d’avoir quatorze ans. Je vivais à la ferme, avec mon père, ma mère et mes trois sœurs. Les Landes, que ça s’appelait ».

Rose, la vie, l’amour, la haine et l’écriture

Rose c’est l’héroïne du livre, la force et la détermination d’une adolescente puis de la jeune femme qu’elle devient: elle accepte son sort, s’en sort et se battra jusqu’à même devenir meurtrière ; tour à tour fille de paysans, bonne à tout faire, amoureuse, abusée, épouvantée, vengeresse, mère, souffre douleur, enfermée, confidente, résignée mais battante. Rose, à 14 ans, est vendue à un maître de forge et dans sa condition de bonne, ce qui la sauve c’est ça:

« Ce qui me fascinait, c’était le journal avec les mots de différentes tailles qui dansaient dessus et qui avaient l’air de m’appeler, des colonnes de lettres qui montaient sur la page comme des bulles d’air ».

Ce qui la sauve, c’est ce que vous appelez  » une faim de mots » et plus tard l’écriture…

« Les mots, j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien ».

Mais Rose c’est aussi de l’esprit et du discernement liée à sa condition de fille de paysans: à la question posée par sa patronne, « sais tu ce qu’est la condition d’une personne, ma fille ? » elle répond : « La condition, oui, je crois bien le savoir. […] C’est la vie qu’on doit mener jusqu’au bout; qui dépend de notre naissance et de rien d’autre ».

Rose a toujours assumé son sort, triste ou heureux …Elle est une vraie rebelle malgré le renoncement qui la prend à la gorge. Elle accouche seule, elle devient mère à l’instant où l’enfant parait.

« Maintenant qu’il était là, il représentait une seule vie dans laquelle on était tous les deux. L’écouter respirer, le regarder dormir, le nourrir, c’était le seule chose qui comptait ».

La mort, l’éternité et Dieu

La mort, omniprésente, insidieuse à nous rappeler que nous ne sommes que de simples et misérables mortels … La mort ce sont les coups, la brûlure et le feu de la forge, la peine, la misère, la maladie, les infections, les étangs sombres, le brouillard épais des forêts, le froid, la faim, le mal être, l’abandon, les remords, la haine, l’empoisonnement, le chagrin, l’assassinat, l’étouffement, l’étranglement, la poudre du fusil, la torture, la folie et l’enfermement. On en meurt de toutes ces morts.

Et il y a le malheur et la pitié, que l’on traîne comme des boulets:

« C’est tout le problème des bonnes gens, ils savent pas quoi faire du malheur des autres. S’ils pouvaient en prendre un bout en douce, ils le feraient, mais ça fonctionne pas comme ça, personne peut attraper le malheur de quelqu’un, même pas un bout, juste imaginer le mal à sa propre mesure, c’est tout.

La pitié, c’est le pire des sentiments qu’on peut inspirer aux autres. La pitié c’est la défaite du cœur.

Et il y a la mort après la naissance: Rose se questionne, analyse, se demande ce qu’est « l’obscurité » d’avant et celle d’après, ce qu’elle nomme l’éternité:

« Parce que vivre, c’est précisément être coincé entre deux éternités, la première qu’on n’a jamais eu à choisir et la deuxième qui est l’oeuvre de dieu, à ce qu’on dit ».

Et il y a la mort tout court, Rose la frôle plus d’une fois… « La mort, j’y pense souvent, comme à la vessie d’un poisson qui grossirait jusqu’à prendre toute la place pour finir par éclater ». Sa détermination, sa hargne vont au delà de sa souffrance. « Mais c’est pas tout de suite que je vais m’en aller. Je me le jure ».

Le désir

« Mais voilà que mes pieds voulaient pas décoller du sol et que mes yeux voulaient pas non plus se décrocher de cet homme, qui était rien plus qu’un dos et des épaules. Le pourquoi, il pouvait même pas encore trouver sa place dans ma caboche de pauvre fille ».

Rose est une adolescente amoureuse mais si seulement elle savait mettre des mots sur ce que son ventre lui fait vivre …c’est ce qui la rend encore plus touchante, son questionnement, ses doutes, son analyse, sa honte parfois… mais pas tant que ça finalement, Rose assume …elle ne renie pas les sentiments naissants et les prémices de l’amour qui ne sont pour elle que des points d’interrogation.

Tout ce que je me rappelle, c’est que quelque chose a lâché dans mon corps, quelque chose que je sentais pas avant, que je savais même pas qui existait … ».

Mais le plus beau dans cette histoire, c’est qu’Edmond, un homme plus âgé que Rose et qui connait les femmes, lutte lui aussi contre ce désir naissant, éprouvé comme par enchantement alors qu’il s’était juré que cela ne le reprendrait plus. Des deux, je m’interroge sur le plus naïf devant cet émoi naissant. J’ai ma petite idée et vous ?

« La beauté ça s’empêche pas, c’est quelque chose que les hommes ont pas eu le choix de pas inventer, pour lui vouloir du bien ou du mal. Moi c’est que du bon que je lui veux, je crois bien. J’ai essayé de regarder ailleurs, au début […] je jure que j’ai essayé. Rien à faire ».

LA citation que je n’oublierai pas ….

« Une mère, c’est fabriqué pour s’inquiéter, y’a rien à faire contre ».

Alors, merci …

Merci Franck Bouysse, pour ce livre bouleversant, à la fois noir et lumineux, violent et fragile, doux comme la peau d’une femme et rêche comme le fouet qui s’abat sur les pauvres gens, qui m’a obligé à reprendre le dictionnaire pour chercher des mots inconnus, pour le rythme, le suspens qui me faisait emporter votre livre partout (!), pour votre poésie mais surtout merci d’avoir fait naître Rose, une femme libre, une femme résolument moderne.

Dédicace…

Franck Bouysse, j’ai tenu la promesse de votre dédicace faite au Salon du Livre de Paris en mars dernier, « je n’ai pas lâché la main de Rose avant la fin » et aujourd’hui encore, elle vient me parler à l’oreille et elle me dit en chuchotant, « je suis heureuse » ….

Parole tenue !