Milan, librairie Rizzoli, juin 2023. Les livres d’Ilaria Tuti sont partout, en pile immense, au rayon « giallo » (polar). La couverture enneigée de Fiore di roccia m’intrigue. Elle qui s’est fait connaître en Italie avec une série de thrillers de « narrativa gialla », l’équivalent de notre roman policier, aura attendu trois ans avant de voir son roman historique Fleur de roche, énorme succès en Italie, traduit en français.
Avec une écriture évocatrice, détaillée, d’une grande musicalité, utilisant souvent le dialecte frioulan, Ilaria Tuti livre un merveilleux portrait de celles que l’on appelait les porteuses » le portatrici carniche » en italien, du mot Carnia, cette région du nord-ouest du Frioul aux sept vallées, un territoire rocheux et aride, assiégé par les bombes autrichiennes en 1915.
L’auteur célèbre le courage et la résilience de ces paysannes et montagnardes, âgées de 15 à 60 ans, toutes prêtes à se sacrifier pour aider les soldats italiens. Elles escaladaient les montagnes, connaissant par cœur les chemins escarpés et les raccourcis, leurs hottes chargées de tout ce dont avaient besoin les alpini, nourriture, médicaments, munitions et le courrier des familles, fiancées et épouses tant attendu. Elles bravaient le froid, la neige l’hiver et souvent les retours étaient périlleux, tristes et silencieux quand elles ramenaient sur des civières des soldats blessés ou morts pendant le combat.
Mais Fleur de roche est aussi un hymne à la montagne, si chère à l’autrice, mystérieuse, dense, protectrice, cruelle parfois, une ode à l’amitié avec des rencontres uniques comme le capitaine Colman ou le docteur Janes, et un plaidoyer pour l’amour, quand la vie met sur votre chemin des êtres improbables.
Avec ce roman, je suis persuadée que j’aime par dessus tout les histoires de femmes.
Comment oublier Agata, la narratrice, une jeune femme instruite, la mémoire vive de cette histoire, et puis Lucia, Maria, Viola, Caterina et toutes les autres, des âmes généreuses, passionnées, fatiguées mais toujours debout. Longtemps oubliées, le roman rend hommage à ces femmes d’exception et restitue ce qu’elles resteront à tout jamais, des combattantes inoubliables.
Bien, alors, qu’est-ce que je suis, moi, dans cette guerre, capitaine ?
Vous êtes le socle de notre résistance, Agata, et vous vous trouvez ici, maintenant, parce que vous êtes , de fait, un soldat. »
[Elles étaient] si nombreuses. Deux mille femmes, parait-il. Un bataillon.










