Mes lectures de l’été 2020

La vita bugiarda degli adulti d’Elena Ferrante aux éditions Gallimard.

Il était très attendu ce nouveau roman de l’énigmatique Elena Ferrante, auteur de la trilogie de l’Amie Prodigieuse . Un conseil, ne le comparez pas à l’Amie Prodigieuse: ce nouveau roman, bien qu’il se passe dans le Naples riche et le Naples pauvre, décortique à la sauce aigre douce ou piquante – c’est vous qui le direz- la vie de Giovanna , adolescente de 15 ans en proie à tous les questionnements que peut avoir une jeune fille de son âge, au milieu du monde des adultes qu’elle découvre fourbe, traitre et menteur.

Elena Ferrante brosse un portrait d’ado avec une finesse extrême, parfois de manière crue mais toujours avec cette volonté de ressentir et de comprendre les émotions, de se construire en respectant ses choix, ses envies et sans redouter les jugements des adultes qui eux ont aussi beaucoup de choses à cacher. Tout le petit monde de Giovanna s’écroule comme un château de cartes mais la plume acerbe et déterminée d’Elena Ferrante sera pour nous, lecteurs adultes et lecteurs parents, une véritable introspection et une grande leçon de vie sur la difficulté mais aussi la joie de vivre avec nos ados.

Dans un autre registre, Elena Ferrante réussit la prouesse de nous emmener dans un road movie intellectuel et émotionnel qui nous questionne sur notre rôle de parents et ce que nos ados attendent de nous. Alors, n’hésitez pas, partez à Napoli avec Giovanna !

Les Demoiselles de Anne-Gaëlle Huon aux éditions Albin Michel.

Après le très beau Le Bonheur n’a pas de rides (Le Livre de Poche, n°), Anne-Gaelle revient avec une pépite. Une pépite qui a le doux prénom de Rosa, de Colette, de Véra et tant d’autres femmes qui sont les héroïnes de cette ode à la liberté féminine, à la détermination, au raffinement et à l’amour. Elles sont Hirondelles, ces filles espagnoles qui cousent à longueur de journée à l’usine d’espadrilles pour gagner de l’argent et se constituer un trousseau, Demoiselles, ces cocottes des beaux quartiers parisiens ou encore domestiques. Mais elles ont toutes le même rêve, être libre: libre d’aimer, de faire les choix de vie qu’elles auront décidé, libre de travailler et d’entreprendre, tout simplement libre de vivre la vie qu’elles se seront choisi. De Mauléon à Paris, de la côte basque aux appartements de luxe parisiens, Anne-Gaelle nous transport dans des mondes secrets et intimes. Écrit avec délicatesse et sincérité, Les Demoiselles ne pourra que vous toucher et vous n’oublierez pas de si tôt Rosa et les autres, leurs destins et leurs rêves vous accompagneront un long moment. Coup de cœur assuré pour ce roman lumineux et oh combien palpitant.

Photo réalisée à la boutique Art of Soule à Biarritz- Espadrilles fabriquées à Mauléon

La bibliothécaire d’Auschwitz d’Antonio G.Iturbe chez Flammarion.

Sujet grave, sujet poignant, le titre du roman de l’espagnol Antonio Iturbe paru en 2012 parle de lui même, c’est un roman qu’on n’oublie pas, une fois la dernière page fermée.

Dita a quatorze ans quand elle est emmenée au camp d’Auschwitz avec ses parents et elle aura la lourde mais oh combien noble tâche d’être la gardienne de huit manuscrits qui serviront à l’instruction des enfants dans le bloc 31.

Roman historique qui nous en apprend encore sur ce camp de la haine et de la mort, sur les atrocités vécues par les prisonniers, sur le sanguinaire docteur Mengele et ses expériences. Roman de l’espoir avec des personnages prêts à se battre et surtout à ne jamais baisser les bras face à ce déferlement de violence, face à la faim, au froid, à la maladie et aux épidémies, face à un avenir où la mort se joue à pile ou face.

Dita est courageuse, dévouée, délie les situations parfois cruelles en donnant aux autres de son temps, de cette joie de vivre qu’il lui reste et de ce brin d’humour qu’elle utilise avec ses copines de camp, pour adoucir leurs inquiétudes et leur quotidien.

Roman éprouvant, roman qui interpelle, roman qui bouleverse mais roman qui fait comprendre. Vu dans les yeux d’une adolescente prête à tout pour s’en sortir et sortir sa famille et ses amis de ce camp de l’horreur, gardienne de huit trésors que sont ces livres, comme le dit son professeur: « Tu me sembles être une fille très courageuse ». « Mais je tremble ! avait elle répondu, dévastée ».  » Et c’est pour cette raison que tu es courageuse. Les courageux ne sont pas ceux qui n’ont pas peur. Ceux-là, ce sont les téméraires, ceux qui ignorent le risque et se mettent en péril sans être conscients des conséquences. »

 » C’est vrai: la culture n’est pas nécessaire à la survie de l’homme, seuls le sont le pain et l’eau. Mais si l’homme peut survivre en ayant du pain à manger et de l’eau à boire, quand il n’a que cela, c’est l’humanité tout entière qui s’éteint. Si l’homme n’est pas ému par la beauté, s’il ne ferme pas les yeux pour mettre en marche les mécanismes de son imagination, s’il n’est pas capable de se poser des questions et d’entrevoir les limites de son ignorance, c’est un homme ou c’est une femme, mais ce n’est pas une personne; rien ne le distingue d’un saumon, d’un zèbre ou d’un bœuf musqué. » Antonio G. Iturbe.

Rien n’est noir de Claire Berest aux éditions Stock.

Rien n’est noir est le deuxième roman le plus plébiscité par les blogueurs et instagrammeurs pour le Grand Prix des blogueurs 2019, et lors de la soirée du 31 janvier dernier, j’ai passé un excellent moment avec Claire Berest pour une séance de dédicace intense, de part la personnalité extrêmement douce et bienveillante de l’auteur, son coup de crayon pour dessiner et embellir la première page et le temps qu’elle accorde à chacun de ses lecteurs, un vrai échange, comme je les aime.

Si vous êtes comme moi, dans la nébuleuse totale de celle que l’on aperçoit dessinée sur des objets de déco, cousue sur des tote bags, imprimée sur des tee shirts ou brodée sur des paniers en osier, alors ce roman est pour vous et Frida Kalho n’aura plus aucun secret pour vous.

Quelle découverte humaine et artistique! Celle qui est plus connu pour son visage anguleux et sévère, ses sourcils rapprochés, sa fine moustache de brunette, ses fleurs dans les cheveux portées en macaron- certes c’est bien elle!- mais ce portrait est bien restrictif à côté de ce qu’elle est vraiment : une femme entière, crue parfois, exubérante, blessée dans sa chair par un violent accident, une femme amoureuse et passionnée et certainement le plus grand peintre surréaliste féminin mexicain. Claire Berest raconte Frida Kalho avec tellement de cœur que l’on ne peut que l’aimer: Frida Kalho et ses coups de gueule, ses dépressions, ses souffrances liées à la maternité, ses frasques, sa vie de débauche, d’alcool et de soirées mondaines, sa sensibilité envers les autres et son empathie.

Mais ce qui m’a le plus envoutée, le plus touchée, c’est Frida Kalho, folle d’amour pour son peintre de mari Diego Rivera – j’ai rarement vu un amour aussi absolu- et Frida Kalho, immense artiste peintre, précurseur et visionnaire.

Roman fort, sensible, passionné, poétique. Frida Kaklo et la plume fine, sensible et emportée de Claire Berest m’ont conquise, il ne pourra en être autrement pour vous aussi lecteurs. Et vous ne regarderez plus jamais Frida Kahlo de la même manière.

Claire Berest à la soirée du Grand Prix des Blogueurs – Paris, janvier 2020.

Jolis jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy aux éditions Belfond

Grand prix des blogueurs 2019

Les blogueurs et instagrammeurs littéraires ont leur prix ! A l’initiative de la blogueuse et écrivain Agathe Ruga (Sous le soleil de mes cheveux blonds– Éditions Stock Arpège), chaque année, nous élisons un roman de littérature blanche. Et 2019 est l’année de Julien Dufresne-Lamy pour son magnifique roman Jolis jolis monstres aux éditions Belfond.

Au cours d’une soirée parisienne fin janvier, j’ai eu le privilège de participer à la remise du prix à Julien, en présence d’une centaine de blogueurs et d’écrivains; avec mon amie blogueuse Karine, on n’a vu que du beau monde ! Quel bonheur de rencontrer Alexandra Koszelyk, auteur de A crier dans les ruines dont je vous parlais dans le Ze mAG de janvier, un roman fort sur Tchernobyl, Claire Berest pour son roman Rien n’est noir aux éditions Stock dont je vous parlerai bientôt; quel bonheur de revoir Éric Genetet ( Un bonheur sans pitié – Editions Héloïse d’Ormesson) et Elsa Flageul (A nous regarder, ils s’habitueront– Editions Julliard), Sylvie Le Bihan ( Amour propre– Éditions JC Lattes) ) et Anne Gaëlle Huon ( On attend son prochain roman avec impatience) !

Une histoire de drag-queens

Jolis jolis monstres c’est pour moi une immense surprise tant sur le plan littéraire que sur le plan pédagogique : le monde des Drag queens ? je ne savais pas vraiment ce que c’était ! Mon seul souvenir c’est Ru Paul quand elle chantait avec Elton John « Don’t go breaking ma heart », j’adorais cette chanson! Il y a certes Michou et son cabaret et la chanson de Charles Aznavour  » Comme ils disent » que je connais par cœur ! Là s’arrêtaient mes références, maigres il faut le dire !

Jolis jolis monstres c’est l’histoire, j’ai envie de dire la belle histoire, de ce mouvement drag et voguing aux États Unis dans les années 80 : James est Lady Prudence et elle va nous raconter sa vie de drag-queen d’Atlanta à New York, ses joies, ses peines dans le début des années sida, ses doutes et ses renoncements parfois, l’amitié, l’entraide, la peur, la concurrence, la famille qu’on se crée, le monde de la rue et des pièges, le regard des autres … Quand James rencontre Victor qui deviendra Mia de Guadalajara, c’est une belle amitié qui commence et un long chemin vers la quête du bonheur et de l’ identité.

Un roman fort et touchant

Fort parce que Julien Dufresne-Lamy écrit avec les mots justes, précis, poétiques, parfois crus, il s’attache aux détails pour nous aider à comprendre ce qu’est ce monde de « fofolles » comme certains disent, ils n’ont vraiment rien compris ! Touchant parce que les personnages du roman ont existé pour la plupart, un film leur a été consacré en 1990 « Paris is burning » et j’y ai retrouvé Ru Paul et ses copines.

Avec le roman de Julien, envolés les préjugés, exit les regards et les gestes dénonciateurs, l’auteur s’attache à nous montrer combien certes, être différent relève du parcours du combattant, et c’est encore vrai aujourd’hui, mais que triompheront toujours l’amour, la beauté de l’âme et du cœur, la liberté et l’acceptation de ces différences. La tolérance quoi !

Et s’il ne fallait retenir que quelques mots : « N’oublie jamais qui nous sommes, Victor. Nous sommes un petit pays fou dans la doublure du monde[…] Nous devons montrer nos nuances, nos ratures, nos erreurs de la nature. […] On n’a pas peur du grabuge et de de la nuit qui s’écroule sous les toits.[…] On amadoue les mauvais sorts et les chats noirs parce que nous aussi, nous ne sommes que de la chair de gouttière. »

Et une seule phrase : S’inquiéter, ça veut dire aimer et rien d’autre. Lady Prudence, tu as tout compris de l’amour.

Julien Dufresne-Lamy et son trophée 2019
Alexandra Koslekyk et moi

Le foulard rouge de Patrick Fort chez Gallimard.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire … Michel Fugain aurait pu écrire ce refrain en refermant la dernière page du livre de Patrick Fort. Un roman captivant, intense qui vous entraine en Italie, en Espagne puis en France et pas n’importe où en France, dans nos Landes côtières et nos belles Pyrénées Atlantiques, en Béarn.

Maylis, Giovanni … Giovanni, Maylis … Une histoire d’amour sur fond de deuxième guerre mondiale, au camp de Gurs, et d’une richesse historique immense pour qui veut connaitre cette période sombre de l’histoire de la France, à quelques kilomètres de nos Landes …

Ce camp est un peu méconnu. Le Foulard rouge le ramène à la lumière de ce qu’il a été, un camp où l’on enfermait les réfractaires, les opposants, les indésirables, les parasites … Des hommes et des femmes de toute nationalité, basques, espagnols, allemands, hongrois, italiens, juifs, catholiques, parqués dans des baraquements alignés au carré, sales et inconfortables, séparés par une allée centrale et ceints de barbelés pour les empêcher de se parler, surveillés comme le lait sur le feu, où leur quotidien n’était que malheur, faim et solitude.

Giovanni est italien, venu se battre aux côtés des républicains espagnols qui luttaient contre Franco, Maylis est une jeune fille du village qui va croiser le chemin d’une militante du Secours Protestant et rentrer dans le camp pour aider les prisonniers.

Leurs engagements et leurs dévouements les mèneront jusqu’à un amour unique, authentique, dévoué. Jusqu’à la trahison.

Le Foulard rouge est un très beau roman, beau au sens de « qui fait naître un sentiment d’admiration », d’élévation culturelle et sentimentale: vous vibrerez avec Maylis, son audace, son courage et son désir d’aider l’autre est sans pareil, une femme que l’on n’oublie pas. Giovanni, forcément, je l’ai aimé tout de suite: sa force de caractère, son engagement, son renoncement puis sa résilience, sa solitude, ses peines enfouies m’ont touché en plein cœur, peut-être parce qu’il me rappelle, pour certains aspects, quelqu’un que j’ai aimé. Vous aimerez aussi les personnages secondaires comme Victor, le mari, Pierre l’ami fidèle ou le curé de la paroisse, les compagnons de combat et de camp, les vrais, ceux qui vous donnent la force d’avancer .

Il m’a fallu faire une pause après ce roman tellement mon ancrage dans le camp de Gurs était fort, tellement la présence de Giovanni et Maylis ne me lâchaient pas: longtemps, je me suis demandée pourquoi la vie pouvait faire se rencontrer des âmes perdues et puis les faire s’éloigner, j’ai ma réponse ici dans votre roman Patrick Fort que je plébiscite haut et fort parce qu’il porte les couleurs de l’espérance et de l’amour.

Coup de cœur assuré pour le roman de Patrick Fort, auteur pyrénéen qui vit et travaille au Moun, oui je l’avoue, je suis très honorée qu’un écrivain talentueux foule notre terre montoise.

Pour tenter d’oublier le passé ineffaçable et le présent étouffant, je n’ai pour seul horizon qu’un avenir incertain.(Giovanni)

Footing, un jour de confinement.

Le bruissement des feuilles dans les arbres, l’odeur des pâquerettes dans l’herbe encore mouillée de l’orage de la veille, le clic clic des arroseurs qui se déclenchent automatiquement, les embruns laissés par les jets d’eau dépassant des terrains de sport et qui viennent vous asperger en une gerbe d’eau rafraîchissante … Le footing, finalement, c’est tout ça à la fois, à quelques mètres de la maison – certes ce n’est pas la forêt ou le bord de mer – mais ce bonheur de se sentir libre, vivant, cherchant à adapter son souffle à sa course, pendant une petite heure, pas plus.

Et puis, un peu plus loin, coule une rivière…

Agathe Ruga – Sous le soleil de mes cheveux blonds. Éditions Stock arpège.

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Agathe Ruga à la Librairie Lacoste en septembre 2019

Sous le soleil de mes cheveux blonds, c’est le premier roman d’Agathe Ruga. Vous la connaissez sous le nom de Agathe the book, blogueuse et instagrammeuse littéraire de choc, créatrice du Grand Prix des Blogueurs !

Agathe Ruga a été montoise l’espace d’une weekend, j’ai donc eu la chance de passer quelques heures avec elle. J’ai acheté son roman avec la promesse de le lire très vite, une histoire d’amitié ça ne pouvait que me plaire! Jolie rencontre donc: Agathe Ruga est une fille moderne, qui gère avec vitalité et gaieté sa vie de famille et sa carrière professionnelle, elle a un tempérament de feu et des grands yeux verts lumineux qui voient le monde avec précision, élégance et humour.

Une histoire d’amitié qui prend l’eau

Son roman est une pépite : Brune la brune et Brigitte la blonde sont des amies, des vraies, elles partagent tout, elles vivent leur jeunesse à fond, profitent de leur vie d’étudiante, étudient, se surpassent, picolent, dansent, rencontrent des mecs, aiment, se séparent, pleurent, rient ensemble, s’engueulent. Elles sont toujours là l’une pour l’autre dans les bons et les mauvais moments, elles ne sont jamais loin l’une de l’autre.

Et un jour, cette amitié se brise laissant Brune dans un immense chagrin.

En raconter plus, ce serait trop dévoiler, alors je vous laisse aller à la rencontre de ces deux filles, rentrer dans leur intimité, partager leurs joies et leurs folies, leurs failles aussi.

Au-delà de l’histoire d’amitié, il y a la quête de soi, trouver sa voie, expérimenter, vivre, se planter, espérer, déchanter et renaître: tout un programme quand on a 20 ans et toute la vie devant soi.

Bravo Agathe pour ton roman, Brune et Brigitte ont fait ressurgir des souvenirs de ma jeunesse, enfouis, je sais combien l’amitié est précieuse, alors quand elle est durable, c’est certainement là le secret du bonheur.

Si vous avez lu ce livre ou si mon article vous a donné envie de le lire, merci de me laisser vos commentaires sur le blog … Et parlez moi de vos amitiés … Ma plus belle histoire d’amitié dure depuis la maternelle.

Pour Sophie, à notre amitié qui, elle, ne prendra jamais l’eau !

Rhapsodie italienne de Jean-Pierre Cabanes – Éditions Albin Michel

1915, en Italie du nord et en Sicile…724 pages pour un roman d’amours italiennes qui traverseront deux guerres, la montée en puissance du fascisme, son apogée puis sa chute.

Un roman d’amitié et d’amour

Deux hommes que tout oppose mais que la guerre va rapprocher : d’un côté, Lorenzo l’italien du nord, de Vérone, issu d’une famille bourgeoise, jeune et brillant officier de l’armée italienne, il aime Julia, jeune fille indépendante et engagée; de l’autre Nino, le sicilien, de la région de Palerme, s’enrôle dans l’armée afin de fuir un meurtre commis par amour pour Carmela, l’héritière d’un grand domaine. Deux destins scellés par une amitié indestructible, un pacte entre deux soldats qui vivra toujours, même après la mort. Dans leurs vies où l’un deviendra un compagnon fidèle de Mussolini et l’autre un chef de la mafia, jamais ils n’oublieront leurs valeurs: la loyauté, le respect et l’unité familiale.

L’une des prouesses de l’auteur est de ne jamais donner au lecteur la possibilité de détester ces deux hommes malgré leurs positions et leurs rôles dans cette Italie des années 20 qui souffre des combats sanglants au Nord, de la misère qui s’installe dans les campagnes, de la montée en puissance du fascisme et de l’omertà sicilienne. Ces hommes et ces femmes traverseront deux guerres, mettront en péril parfois leurs ambitions, par fidélité ou par amour, accepteront les choix de leurs enfants quitte à les voir s’éloigner puis les perdre, mais toujours ils obéiront à ce qu’ils pensent être juste.

Un roman d’histoire de 1915 à 1945

Rhapsodie italienne c’est un roman d’amour qu’on dévore, une envolée de sentiments puissants, une leçon de fidélité quitte à y laisser sa vie et l’attachement aux personnages est tel qu’on ne peut refermer le livre sans se demander ce que le destin leur a prévu à la page suivante, et quels destins pour certains!

Mais c’est aussi et surtout un roman historique, un témoignage fort de la période sombre de l’Italie de 1915 à 1945, avec pour toile de fond trente ans de fascisme, vue dans les yeux du soldat fidèle Lorenzo, du dictateur Mussolini, ses proches, des intellectuels, des paysans, vue depuis les salons romains où l’élite politique et artistique se côtoie, mêlant amours cachées et complots mais surtout à travers les yeux des résistants et des opposants qui se battent pour une Italie libre. Le rôle des femmes y est primordial : Carmela, Julia, Bianca, Laura, toutes, à leur manière, vont se lancer dans une lutte pour l’amour, la liberté et l’indépendance.

Un roman qui fait écho à mon histoire

Je n’ai pas lu ce roman comme un simple roman d’amour à l’italienne, non. Au fil des pages, c’est toute l’histoire de mon grand-père qui s’est dévoilée comme une évidence, pourquoi il a quitté l’Italie avec ses parents et ses frères et sœur, en 1926, à l’âge de huit ans, laissant une Vénétie désolée et pauvre qui entrait sous le règne de Mussolini. Avec ce roman, j’ai découvert ce qu’aurait été la vie de mon nonno s’il était resté là-bas. Il n’est plus là pour témoigner mais il m’a transmis, sans le savoir, cet amour pour l’Italie que je chéris comme une deuxième mère, celle qui me fait être ce que je suis aujourd’hui, une femme libre et fière d’être la petite fille d’un rital.

Rhapsodie italienne – Éditions Albin Michel

Les petites robes noires par Madeleine St John – Éditions Albin Michel.

( crédit photo Frédérique Lac)

Titre original, The woman in black, traduit de l’anglais ( Australie) par Sabine Porte.

Ce livre est un cadeau, de ceux qui touchent parce qu’offert avec le cœur et la bienveillance de l’offrant. Et quelle belle découverte que ce roman de l’australienne Madeleine St John écrit en 1993, porté à l’écran par le réalisateur australien Bruce Beresford en 2018 sous le titre Ladies in black et traduit en France seulement en 2019.

Sydney, 1959, chez Goode’s , nos Galeries Lafayette d’antan …Un beau et grand magasin où se mêlent l’élégance, le chic, le raffinement, les conseils et les sourires des vendeuses toutes vêtues de petite robes noires.

Difficile de s’attacher à un personnage plutôt qu’à un autre, les vendeuses de chez Goode’s ont toutes un petit quelque chose qui nous touche, nous révolte, nous fait réfléchir et nous questionne, nous encourage ou nous dépite.

Magda, Patty, Fay ou la féminité absolue

J’ai aimé Magda, « l’européenne » comme l’appellent ses collègues, l’immigrée polonaise, l’incarnation du chic, une allure de diva au milieu d’un opéra de Verdi, une bosseuse, exigeante, Magda la crainte par toutes ses collègues qui la croient froide et inhumaine; il faut dire que Magda est au rayon des robes Modèle Haute Couture, l’antre du chic et du cher, là où ses clientes les plus fortunées viennent choisir un modèle Dior ou Chanel pour un cocktail mondain ou une soirée à l’opéra.

On compatit avec Patty Williams, vendeuse au rayon Robes de cocktail, Patty la douce, en mal d’enfant, épouse modèle, attentionnée pour son abruti de mari. Enfin, je vous laisse juger.

Il y a aussi Fay Baines, la belle et voluptueuse Fay qui cherche l’amour, le vrai, qui rêve d’un homme gentil et attentionné, la pauvre, elle qui ne tombe que sur des goujats ou des hommes d’un soir.

Et puis la mystérieuse Miss Jacobs, la doyenne des vendeuses, spécialiste des retouches, on ne sait pas grand chose d’elle, même pas son prénom, une acharnée du travail, méthodique et rigide; les managers, Miss Cartright, à la fois directive, parfois autoritaire et bienveillante envers son personnel tout comme Mr Ryder.

Bon, je l’avoue j’ai un faible pour Lisa Miles, de son vrai prénom Lesley, qu’elle n’aime pas. Lisa est très jeune, pas très jolie ( ça c’est elle qui le dit) cultivée, curieuse, vouée à un bel avenir à en croire ses résultats scolaires. Elle est recrutée en renfort pour les soldes de fin d’année en attendant les résultats de son examen mais elle, ce qu’elle veut c’est aller à l’université et être poète. Ne reste plus qu’à convaincre son bourru de père. Son personnage fait écho à Jo March , une des quatre filles du docteur March, même envie d’être libre, même soif d’apprendre et de ne pas rentrer dans des codes. C’est la seule à voir dans le vêtement, un art et dans chaque robe suspendue, un poème.

La place des femmes dans les années soixante

Le roman de Madeleine St John ne s’attache pas seulement à décrire de jolies filles, leur quotidien en famille, en couple, leurs joies, leurs peines et leurs potins de vendeuse. Il est avant tout et surtout un grand témoin de l’émancipation de la femme dans les années soixante en Australie.

D’un côté il y a la société des hommes: la majorité travaille dur, ramène l’argent du foyer, passe ses soirées dans les pubs à boire. Et il y a Stefan et Rudi qui cassent ce modèle, ouverts d’esprit, raffinés, intellectuels et tendres envers les femmes.

De l’autre, cette société des femmes où perdure le modèle de l’épouse irréprochable, au service de son mari, de la mère exemplaire et de la ménagère hors pair.

Avec ces Petites Robes Noires, la société des femmes travaille, gagne de l’argent, contribue à faire bouillir la marmite du foyer, se fait plaisir au rayon lingerie, rêve du grand amour, d’une grande carrière et de prendre son envol.

Comme le dit si bien le réalisateur Bruce Beresford quand on l’interroge sur la personnalité de Madeleine St John, «l’observation et les dialogues sont incisifs, touchants et souvent très drôles, elle avait conscience qu’une des grandes forces de son écriture était l’accumulation de petits détails. Il est difficile de ne pas voir Madeleine dans l’héroïne sensible et intelligente Lesley Miles.»

Je vous laisse, en compagnie de ces Petites Robes Noires, plonger dans l’univers de ce grand magasin et vivre avec elles des tranches de vie où l’émotion, l’humour, la désillusion parfois, la tendresse, le bonheur retrouvé vous emporteront sur les lointaines terres australiennes.

Et qui sait mesdames, peut être aurez-vous envie d’enfiler une jolie robe de cocktail noire. Faites confiance à Magda, Fay, Patty ou Lisa, elles sauront certainement vous conseiller.

A crier dans les ruines.

Le premier roman d’Alexandra Koszelyk aux éditions Aux forges de vulcain.

Avril 1986. Pripiat, Ukraine. J’ai 16 ans à l’époque, quelques souvenirs, surtout des images de désolation diffusées au journal télévisé. Tchernobyl. Et puis, un peu plus tard, cette peur des conséquences liées à la catastrophe.

Une amie blogueuse plébiscitait le livre, élu Prix de la Maison de la Presse Mondésir de Mérignac, je fais connaissance avec Alexandra Koszelyk via les réseaux sociaux et promets de lire le premier roman de ce professeur de collège.

Et boum, je ferme à regret les 250 pages de ce roman explosif, qui répand sa force et sa poésie comme le réacteur n°4 a jadis répandu sa radioactivité dans toute l’Ukraine et au delà de ses frontières.

Le roman d’Alexandra c’est comme un diamant échappé de la couronne d’un tsar russe, inestimable, puissant, un hymne à la vie, à la renaissance et à l’espoir , un véritable raz de marée qui balaye tout sur son passage, une perle précieuse au milieu d’une ville en ruine.

Une amitié pure

Léna et Ivan sont deux enfants de Pripiat, ils s’aiment d’une amitié pure, se promettent un avenir heureux, ensemble, ils ont la vie devant eux. Leurs 12 premières années d’existence nous entrainent dans les forêts denses ukrainiennes, au rythme des légendes et des traditions russes. C’est un beau voyage pour une lectrice comme moi qui ne connait pas ce pays et ses mystères, le spectre de la catastrophe n’a jamais rendu cette zone très accueillante et très attrayante même 30 ans après. Et pourtant, Alexandra vous fera aimer cette région peu connue de l’Ukraine.

Tout bascule ce 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose, Léna a 12 ans, part vivre en Normandie, Ivan reste à Pripiat. Il y a un avant la catastrophe et un après, la séparation, le chagrin et la réalité que jamais Léna ne rentrera au pays. Et Ivan qui ne cessera jamais de l’attendre, lui écrivant chaque année à la même date anniversaire.

L’exil et le manque

Léna se construit une vie en France, croyant Ivan mort, se lie d’amitié avec Armelle, se nourrit de littérature et de légendes, apprend, réussit à Paris, voyage, aime, toujours sous l’œil bienveillant de sa Zenka, sa grand-mère ukrainienne. Et Ivan continue la sienne en Ukraine, à proximité de sa ville natale.

Mais il manque quelque chose à sa vie et vingt ans après l’avoir quitté, forte de vouloir revoir d’où elle vient, Léna entreprend le voyage à Pripiat.

Laissez vous emporter par ce roman très émouvant, poignant, poétique qui vous en apprendra beaucoup sur l’Ukraine et ses mystères, ses hommes et ses femmes fiers de leur pays, le drame et la désolation de la catastrophe de Tchernobyl.

Mais il y a surtout Léna, à la fois forte et fragile, qui se bat pour se faire une place, pour trouver le bonheur loin de sa Terre et faire taire le démon du déracinement qui la hante.

Romps cette fatalité qui est la nôtre, celle qu’on se crée à force d’y croire. Deviens cette femme libre que tu as toujours été. Écoute-toi. L’exil n’est pas irréversible.

Zenca, comme vous aviez vu juste.

(crédit photo Frédérique Lac)

On n’efface pas les souvenirs de Sophie Renouard aux éditions Albin Michel.

En une nuit, la vie belle d’Annabelle bascule: On n’efface pas les souvenirs c’est l’histoire d’une reconstruction après un événement tragique écrite tel un road movie à la Tarantino, avec des mauvaises âmes, des âmes fortes et généreuses, des âmes rebelles et ténébreuses, des âmes belles. De Paris, en passant par la Normandie jusqu’au fin fond de la forêt basque, partez avec Annabelle, ne lui lâchez pas la main, ne l’abandonnez pas …

Biarritz, Grande Plage, octobre 2019

Le livre m’a fait de l’œil tout l’été à Biarritz, difficile de l’éviter quand il est plébiscité par toutes les bonnes librairies ; à l’époque, ma PAL est déjà bien garnie et je résiste.

Quand Sophie Renouard est annoncée dans les rencontres d’automne de la librairie Lacoste de Mont de Marsan, alors forcément je patiente – je précise, la patience n’est pas mon fort. Et ma patience est récompensée car la rencontre est belle et nous nous découvrons un même amour pour le Pays Basque et Biarritz.

Le roman de Sophie Renouard est un thriller à vous donner la chair de poule. Annabelle est une jeune femme bien dans ses baskets, une famille qui l’aime et qu’elle aime. Mais la vie va lui réserver une drôle de suite … et vous glacer le sang.

Forcément, je ne peux en dire plus car sinon je spoilerai le livre et je m’en voudrais : si vous aimez les personnages haut en couleur, l’amitié improbable mais oh combien sincère, les amours éphémères, la forêt, ses silences et ses secrets, les histoires de famille, le tout bien saupoudré d’un meurtre et d’un enlèvement, alors rattrapez Annabelle, redonnez lui vie, redonnez lui sa vie.

Librairie LACOSTE- MONT DE MARSAN – Septembre 2019